Que peut-on apprendre des révolutions des roses ?

La mascarade électorale du 24 octobre 2004, ses conséquences sur la scène politique tunisienne, le piège de « la libération » des prisonniers politiques islamistes et ses séquelles dans les rangs d’Annahdha : tous ces événements et non événements ont coïncidé avec les spectacles de la victoire de l’opposition ukrainienne rapportée par des médias qui ont ouvertement choisis le camp de Viktor Loutchenko, à la fois candidat de l’opposition et… fils du système politique contesté – détail important qu’on peine à mentionner.

Rien de plus frustrant que de voir les autres réussir là où on ne fait qu’échouer. Dans de telles conditions il était donc normal de se poser la question pourquoi se qui se passe en Ukraine ne se passe pas chez-nous en Tunisie ? En quoi le peuple ukrainien ou géorgien, qui se tient sous le froid pour manifester son soutien à l’opposition, est meilleur que notre peuple tunisien ? Et qui est mieux placé que notre poète national Abou el Quasim Chabbi pour réponde à ces questions déchirantes, lui qui a tant souffert du peuple tunisien. Du coup, jamais le célèbre vers de ce poète n’a été cité autant de fois ni par autant de personnalités politiques tunisiennes que durant cette épreuve où le pessimisme et la déroute sont venus à bout de l’analyse et du débat profond.

  • Moncef Marzouki rêve d’« initier des actions concrètes qui amèneront progressivement le pays à une solution à la Géorgienne. » « Appel au débat national », Moncef Marzouki, mardi 28 décembre 2004. http://www.tunisie2004.net/new/article.php3?id_article=245
  • Madame Om Zied nous apprend que c’est la « volonté de la vie et de la liberté » qui fait défaut au peuple tunisien. Contrairement aux Ukraniens, les Tunisiens, comme sous la malédiction du poète Abou El Quassim Chabbi, n’aiment pas la vie.
  • A l’opposition ukrainienne qui aurait su « défendre ses droits par le Droit », chose qui a rendu facile la tâche à l’Europe de la soutenir, Nadia Omrane aime opposer les « mauvaise» expériences électorales de 1989 en Tunisie et de 1991 en Algérie quand les islamistes ont remporté un large pourcentage. « Cela, l’Union européenne, et nous non plus, nous ne l’oublions pas » L’Ukraine et nous, « Une fraude massive, digne de la Corée du Nord et de la Tunisie », Nadia Omrane Alternatives Citoyennes nº12 http://www.alternatives-citoyennes.sgdg.org/num12/actualite-w.html , disait-elle, comme pour nous convaincre que ce qui se tient dans le chemin de la démocratie et du soutien occidental à la démocratisation c’est les « méchants » islamistes.
  • D’autres, en quête d’une visibilité, ont préféré les propos chocs, qualifiant tout un peuple de couard et allant chercher les causes dans les ADN de la culture arabo-musulmane qui serait par …« nature » autoritaire ! Dans d’autre lieux ont auraient qualifié une telle démarche de raciste, sinon de culturaliste tant elle s’efforce à expliquer la volonté de la démocratie et de la liberté et son absence sur la base des critères historiques, culturels et religieux.

Ce que je vais tenter de faire dans le reste de ce texte c’est de démonter que ce qui s’est produit en Ukraine, en Géorgie et auparavavant en Serbie, a sa propre logique qui découle d’un enjeu géopolitique très distinct. Que le peuple n’est pas sorti pour soutenir l’opposition, n’a pas réclamé le départ du pouvoir en place, spontanément. Non, le peuple a été travaillé d’avance par une nébuleuse d’ONG, de mouvement de base, qui ont tous respecté les recettes de la révolution non-violente préparées minutieusement par des spécialistes et des militants formés de façon professionnelle, mais profitant intelligemment des travers des régimes contestés pour les renverser.

La « révolution des roses » ou le modèle serbe.

Comment faire une « révolution des roses » ? Tel était le nom d’un atelier de travail tenu en marge du forum social néerlandais organisé à Amsterdam durant le mois de novembre 2004. Les invités qui ont voulu partager avec les participants l’expérience de la révolution non-violente sont venus de différents horizons : un jeune militant du mouvement serbe Otpor « Résistance », un autre du mouvement Ukrainien Pora « Il est temps ! », un troisième du mouvement géorgien Kmara « Assez ! », et une jeune militante de la société civile arménienne.

Conscients qu’il ne peut y avoir de recette universelle capable de renverser les régimes totalitaires, et que chaque pays doit engendrer sa propre stratégie spécifique, les représentants des mouvements estudiantins sus indiqués partageaient pourtant la même conviction : la révolution non-violente est applicable dans n’importe quel pays si ses conditions sont soigneusement respectées. Partager l’expérience et dégager les étapes indispensables à la réussite du « modèle serbe » était donc l’objectif de cet atelier de travail.

Le modèle des révolutions non violentes a été appliqué par les jeunes étudiant serbes regroupés autour d’Otpor, et qui ont réussi en 2000 à renverser le régime de Slobodan Milosevic. Unifier les partis d’opposition terriblement divisés autour d’un objectif unique : renverser le régime autoritaire de Milosevic. Inventer des nouvelles formes de désobéissance civile. Exploiter toutes les formes possibles de la contestation : satire, graffitis, caricatures, collecte des fonds, travail d’équipe, techniques de négociation, optimisation de l’utilisation des médias, porte à porte, étaient autant d’innovations d’Otpor dans le domaine. D’un mouvement estudiantin et contestataire, Otpor s’est transformé, grâce à sa réussite spectaculaire, en un « Centre pour la Résistance Non-Violente », sis dans un gratte-ciel de Belgrade, où les expertes ès-révolutions ont suivi les protestations qui ont secoué à tour de rôle la Géorgie puis l’Ukranie. Lesquelles protestations ont été organisées par des militants formés dans les locaux et les camps d’entraînement…d’Otpor. Car c’était bien en Serbie que les jeunes militants ukrainiens ont adopté le nom de Pora pour leur mouvement. Le poing fermé sur les drapeaux et les bandeaux exhibés par les manifestants à Kiev a été utilisé par l’initiateur des révolutions non-violentes, le même mouvement serbe, Otpor.

Aleksandar Maric, membre de ce mouvement et collaborateur de l’ONG américaine Freedom House (Fondée dans les années soixante par la femme du Président américain Roosevelt et dirigée par l’ancien patron de la CIA James Woosly « Dans l’ombre des ‘révolutions spontannées’ », par Régis Genté et Laurent Rouy, Le Monde Diplomatique, janvier 2005. Voir aussi le site web de Freedom House http://www.freedomhouse.org/index.htm ), a formé nombre de militants géorgiens de Kmara, l’un des principaux acteurs de la chute de Chevardnadze, puis de Pora le mouvement qui a permis de renverser le régime ukrainien de Viktor Ianoukovitch. Maric, le Serbe, qui a été interdit de séjour en Ukraine reconnaît que sa formation aux techniques de la résistance non-violente a été assurée par un certain Robert Helvy. Et comme par hasard ce Robert Helvy n’est rien d’autre qu’un colonel américain en retraite, dépêché par l’IRI (Institut International Républicain) pour initier les jeunes militants serbes aux techniques des renversements des régimes « Besoin d’une révolution ? Appelez Otpor », par Aleksandar Apostolovski, Politika (Belgrade), traduction T.BOULBAT – 17 octobre 2004 http://resistance.chiffonrouge.org/article.php3?id_article=376 .

Les spécialistes débarquaient de toute part pour former les futurs révolutionnaires professionnels. De l’Afrique du Sud est venu le militant anti-apartheid Mukhiseli Jack. Des Etats Unis sont venus Gene Sharp, théoricien des luttes non-violentes et auteur du manuel « From dictatorship to democracy », traduit en trente langues, ainsi que Jack DuVall officier de contre-espionnage au sein de l’armée américaine, directeur du Centre des conflits non violents Voir son site où on propose beaucoup de documents sur le sujet des résistances non-violentes : http://www.nonviolent-conflict.org/index_Flash.htm

et producteur d’un documentaire subversif appliqué en Géorgie « Bring down a dictator » (Comment renverser un dictateur ) Visitez la page web du documentaire : http://www.pbs.org/weta/dictator/ . Dans ce contexte on apprend que « L’administration Bush aurait dépensait 65 millions de dollars en faveurs de M. Voktor Loutchenko. Le coup d’envoi de la « révolution » fut donné le 17 février 2002 à Kiev. Dans le cadre de la prestigieuse fondation de M.George Soros, l’ancienne Mme Albright, invite les représentants de 208 organisations non gouvernementales (ONG) d’Ukraine à contester le pouvoir en place et à surveiller le déroulement des élections parlementaires de mars. » « Les multiples pièces de l’échiquier ukrainien », Jean Marie Chauvier, Le Monde diplomatique janvier 2005.

L’information que Kmara et Otpor sont deux créations américaines s’avère de plus en plus juste. Ces deux mouvement sont financés par le milliardaire George Soros par l’intermédiaire de son Open Society Institute (OSI), le National Democratic Institute et le NED (National Endowment for Democracy) Training Leaders for Ukraine’s Next Generation , http://www.ned.org/publications/fall04.html#ukraine installé à Washington, dirigé par Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État de Bill Clinton et dont l’un des objectifs le plus manifeste est le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Hugo Chavez. Dans une lettre International Coalition Expresses Concern for Democracy in Venezuela, http://www.ned.org/press/pr111104.html adressée à ce dernier et signée par Madeleine Albright, le théoricien de la fin de l’histoire Francis Fukuyama, et quelques anciens présidents comme Vaclav Havel ancien président Tchèque et Violeta Chamorro ancien président de Nicaragua, on retrouve le nom de Ghia Nodia, président de la Caucasian Institute for Peace, Democracy and Development, très actif dans les événements qui ont secoué la Gérogie. D’un autre côté, Kakha Lomaia l’actuel ministre de l’éducation géorgien qui a joué un rôle important dans la création du mouvement estudiantin Kmara est le directeur de la fondation de Soros, Open Society – Georgia Foundation.

Un an après la révolution de rose en Géorgie, le gouvernement issu de cette révolution n’a pas tenu ses promesses de promouvoir la démocratie et de respecter les droits de l’homme. Tout simplement parce que c’est l’opposition qui a gagné la bataille contre le régime despotique et non pas la démocratie ! Actuellement sous le prétexte de préserver les acquis de la révolution des roses et au nom de la lutte contre les contre-révolutionnaires, la presse est bâillonnée, des journalistes sont arrêtés et le jeune leader « révolutionnaire » élu président, Mikhail Saakashvili, s’apprête à entériner une réforme de la constitution destinée à renforcer ses prérogatives contre ceux du parlement « Georgia: The Rose Revolution has wilted », Tinatin Khidasheli, International Herald Tribune, december 08, 2004. http://www.iht.com/articles/2004/12/07/opinion/edkhidasheli.html . Le même parlement qu’il a pris d’assaut une rose à la main au nom des valeurs…démocratiques ! Mikhail Saakashvili traite ceux qui osent élever la voix de traîtres. L’éditeur d’un journal qui a émis des critiques contre certaines mesures gouvernementales a été arrêté pour possession de drogue, rapporte Tinatin Khidasheli, militante géorgienne des droits de l’Homme et présidente de l’Association des Jeunes Juristes Géorgiens Ibid. ! Le ministre de l’éducation aurait agressé physiquement un chercheur géorgien qui aurait émis des critiques à l’égard de sa réforme du système éducatif, rapporte le site géorgien de défense des droits de l’Homme http://www.humanrights.ge/eng/news178.shtml . Accusée d’être contraire aux intérêts de la Géorgie, sa réforme du système éducatif géorgien est actuellement très contestée. Lors de l’atelier de travail tenu à Amsterdam, j’ai été surpris d’entendre le jeune militant de Kmara dire qu’en Géorgie chaque candidat au poste de ministre devrait avoir fait ses études à l’étranger. Toute personne ayant fait ses études en Géorgie n’aurait aucune chance d’accéder au poste de ministre.

Mais, ces « détails » pourtant significatifs sur la nature de cette démocratie des roses n’intéressent plus personne. Les médias qui étaient si attentifs aux violations des droits de l’homme sous le règne du déchu Chevardnadze n’ont aucune envie de mentionner les atteintes aux droits de l’homme du nouveau président. Dans tous les cas, ces médias qui oublient de nous informer que dans l’actuelle Géorgie post révolutionnaire il n’y a aucun journal indépendant Georgia Tier 94 Country According to Freedom of Press, 09.01.05. http://www.humanrights.ge/eng/news482.shtml , étaient incontestablement un acteur politique efficace mobilisé aux services de ces révolutions, mais en ayant leur propre agenda qui se situe loin du simple reportage et de la couverture objective des événements. Dans ce qui vient de se passer et dans ce qui se passe ils sont désormais une arme redoutable dans l’arsenal des grandes puissances qui soutiennent la démocratie et les élections libres au gré des intérêts de leur politique étrangère.

Le but de ce qui a été dit n’est pas de prétendre que les peuples ukrainien, serbe et géorgien étaient incapables de renverser leurs régimes honnis. Je suis conscient que ces révolutions étaient incapables de réaliser quoi que ce soit sans la volonté manifeste de ces peuples de mettre fin aux règnes mafieux, corrompus et despotiques qui étaient à l’origine de leur misère. Ce que j’ai voulu démonter c’est que la contestation de ces dictatures et la volonté de les abattre a, dans ces trois cas, convergé avec les intérêts des puissances occidentales qui dès la chute de l’union soviétique et la désagrégation du Bloc de l’Est, ont oeuvré, souvent de façon discrète, à réintégrer cet immense espace géostratégique aux ressources gigantesques à leurs profits géostratégiques. Le risque de voir l’Ukranie sombrer dans une dislocation «Charting a New Geopolitical Reality: Ukraine in 2005 » by Yevgeny Bendersky, 12 January 2005, http://www.pinr.com/report.php?ac=view_report&report_id=255 et dans une guerre civile à la yougoslave caresse le rêve de certains think-tank et stratèges américain qui, à l’instar de Zbigniew Brzezinski, vont même jusqu’à envisager une Russie divisée en trois Etats : Russie européenne, République de Sibérie, et une troisième extrême orientale.

L’enjeu géostratégique de la déferlante révolutionnaire touchant l’ex espace soviétique, la volonté d’affaiblir la Russie, de faire basculer dans le camp occidental une Ukraine d’où transite 90% du gaz sibérien destiné à la consommation européenne, paraissent échapper à certains membres de notre élite qui, par une frustration plus que compréhensible, ont comparé le cas tunisien aux cas ukrainien et géorgien.

Retour au cas tunisien

Malheureusement, dans le cas de la Tunisie, les intérêts des puissances occidentales ont croisé ceux du régime Ben Ali.

  • sur le plan économique, c’est un régime appliquant à la lettre les recettes du FMI, de la Banque Mondiale et de ses partenaires européens.
  • sur le plan politique c’est un régime « parfaitement » stable, propice au « destin » touristique qui lui est assigné. Il a une sensibilité policière sophistiquée et neutralise de façon radicale toute compétition politique susceptible de « perturber » le calme de ce « havre de paix et de stabilité » destiné aux touristes, aux investisseurs étrangers, aux autre privilégiés du système et à une classe moyenne prise dans l’étau du cycle endettement/consommation.
  • sur le volet sécuritaire c’est un régime policier exportateur de stratégies de lutte anti-islamiste et engagé avec ses puissances protectrices dans leur guerre contre le terrorisme islamique. C’est aussi un régime qui peut sacrifier ce qui reste de l’indépendance et de la souveraineté nationale sur ses eaux territoriales devenues bassin des frégates de l’OTAN engagées dans la protection de la rive nord de la méditerranée contre deux sortes d’« invasions barbares » : les terroriste et les candidats à l’immigration.
  • sur le plan de la politique étrangère, c’est un régime qui s’aligne sur la politique dite internationale que ce soit au sujet du conflit israélo-palestinien ou de la guerre en Irak. Bref, c’est un régime qui œuvre pour la paix et la stabilité mondiale, selon l’acceptation impériale.

En plus de ces garanties, la Tunisie fait partie de l’« exception arabe », région qu’il est hautement conseillé de laisser sous le joug des « dictatures amies » Voir « 24 octobre, l’avant et l’après. », par Sami Ben Gharbia http://www.nawaat.org/front/index.php?module=article&view=266 plutôt que d’entraîner dans le tourbillon des vrais processus de démocratisation aux issues incertaines pour « la marche du monde. » La crainte d’un effet de dominos qui emportera les régimes despotiques arabes et balaiera dans la foulée les intérêts occidentaux est souvent éveillée. La « fâcheuse » leçon électorale de l’Algérie ou l’épisode iranien sont constamment employés par l’occident, mais aussi par une certaine élite nationale hostile à toute présence des forces islamistes sur l’échiquier politique, pour légitimer le statu quo ou défendre un projet de société dont seront bénéficières les seules forces qui aiment se présenter comme le camp des « démocrates ». Et on a vu en Tunisie comment cette élite n’a pas hésité à inviter le régime policer à intervenir pour mettre un terme au phénomène de la religiosité et du port du voile. Une telle élite a démontré à maintes reprises qu’elle peut s’accommoder d’un régime qui joue bien son rôle de vrai rempart contre l’islamisme s’il lui confie les rênes de la société civile et de la défense des droits de l’Homme.

Que peut donc proposer une opposition émiettée, dépourvue de tout soutien populaire et plus concernée par la défense de ses petites chapelles que des intérêts de la nation ? Que peut-elle offrir de mieux que le régime tunisien pour que la OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le tissu d’ONG satellitaires aillent contrôler comme ils le font ailleurs les élections présidentielles en Tunisie ? Comment espérer voir le peuple répondre aux appels de ceux qui le méprisent, le traitent de couard et le dénuent de sa qualité de peuple pour l’abaisser au rang de l’animal et de la poussière.

Plutôt que de rêver d’une solution à la géorgienne ou à l’ukrainienne, il serait plus opportun de commencer par respecter le peuple puis par réviser les stratégies d’actions politiques inefficaces, désuètes et dépourvues de tout esprit innovateur.

Laissons de côté le soutien logistique, financier, politique et médiatique dont les trois révolutions, serbe, géorgienne et ukranienne, ont bénéficié, et essayons de retenir quelques leçons utiles données par ces expériences :

  • Toutes ces révolutions ont répondu à un besoin de changement d’une population à bout de souffle, paupérisée et travaillée par la haine du pouvoir.

  • L’existence dans ces trois pays d’un mouvement de base (Otpor , Kmara, Pora) qui, tout en n’étant pas un parti politique, a œuvré à préparer le terrain à une cohabitation avec un parti de l’opposition politique classique qui soit bien déterminé à renverser l’ancien régime.

  • Tous ces mouvements de base ont trouvé une marge de liberté de mouvement minimale qu’ils ont exploitée pour l’élargir et occuper davantage le terrain de la contestation.

    Toutes ces révolutions ont adopté une approche technique plus que politique : optimisation de l’organisation, diversification des moyens de communication, etc.

  • Toutes ces révolutions ont visé les structures sur lesquelles s’appuient les dictatures (police, armée, milices, médias, justice aux ordres, populations obéissantes ou terrorisées) en cherchant à les étouffer pour que le système s’effondre ou à les convaincre de lâcher le pouvoir. La dérision à joué un rôle central pour ridiculiser le pouvoir et amener le peuple à se débarrasser lentement de sa peur. Ce qui explique la vulgarisation de l’utilisation des caricatures, des graffitis, des autocollants et de la satire.

  • Tous ces mouvements ont développé deux politiques de communication distinctes : une négative qui critique les travers du régime, la corruption, la pauvreté, l’injustice sociale, le favoritisme, le manque de libertés…etc. ; et une positive qui cherche à recruter la jeunesse, à convaincre le peuple de la nécessité du changement et, dans les trois cas, à l’amener à voter pour l’opposition.

  • Ils ont aussi diminué la charge du discours politique et insister sur les problèmes sociaux et économiques car le peuple y prête attention. Ce sont ses problèmes de tous les jours. Et comme le précise un militant de Pora : « Il s’agissait de pointer du doigt des problèmes sociaux. Des attaques contre les dysfonctionnements politiques n’auraient mobilisé qu’une minorité d’Ukrainiens.»

  • Les trois révolutions ont exploité le piège des élections où les régimes ont été condamnés à frauder pour se maintenir au pouvoir. C’est la pierre angulaire des trois révolutions.

  • Et c’est vers cette phase finale que convergent les stratégies de communication et de contestation, les opérations-chocs pacifistes et le bras de fer de l’opposition avec le pouvoir. Toutes ces actions sont soutenues pas un vaste tissu d’ONG qui vérifient et contrôlent tout le processus électoral.

  • Le reste a été le travail décisif des médias qui « s’appuient sur la prétendue neutralité du monotoring des organisations internationales, exhibent les preuves réelles des falsifications et participent à la mobilisation du plus grand nombre.»« Dans l’ombre des ‘révolutions spontannées’ ». Op. Cit.

Ironie de l’histoire : en Tunisie, c’est l’ « Initiative démocratique » qui a voulu adopter quelques principes de la stratégie inspirée du modèle serbe. En optant pour la participation contestataire aux élections du 24 octobre 2004, et en comptant sur le soutien de certaines ONG et médias étrangers, l’ « Initiative démocratique » a brûlé des étapes essentielles et commis plusieurs fautes : l’absence d’un mouvement de base qui sert de catalyseur entre le peuple et l’opposition ; une opposition déchirée et en perte de légitimité ; absence de stratégies de communication visant à impliquer le peuple. Et c’est ce dernier point qui caractérise le plus l’ « Initiative démocratique » : elle a choisi de s’isoler du peuple pour représenter une « frange de l’élite tunisienne ». Plus grave encore, et comme vient de le rappeler à juste titre le militant maître Najib Hosni dans son appel « Non à l’incitation au meurtre », l’ « Initiative démocratique » est en train de ranimer le discours éradicateur qui n’a fait jusqu’à aujourd’hui que des dégâts catastrophiques sur le rendement de l’opposition au général Ben Ali et sur le dossier de la défenses des victimes de l’oppression et des droits de l’homme en général. Avec de tels discours et approche, l’« Initiative démocratique » agit contre le premier principe de toutes ces révolutions : au lieu de saper la logique du régime dictatorial, elle ne fait que la renforcer.

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