Munich

Munich

Je venais de voir le dernier film de Steven Spielberg « Munich » qui raconte comment les services secrets israéliens, sous les ordres du premier ministre Golda Meir, ont réagi à la prise d’otages des jeux Olympiques de 1972. La prise d’otages qui a été soldée par la mort de onze israéliens, de cinq palestiniens et d’un policier allemand a été orchestrée par le groupe palestinien « Septembre Noir ». Le film, qui reste une fiction inspirée de ces événements, est l’histoire du commando israélien qui va traquer en Europe, et au Liban, les cerveaux de la prise d’otages pour les assassiner l’un après l’autre.

Le réalisateur qui a tenue à traiter son mélodrame sous un angle éthique et humain, plutôt que politique, a renvoyé dos à dos les deux protagonistes, les fidayîn palestiniens et les agents secrets israéliens. Tous enfermés dans une spirale infernale de violence et de vengeance. Le film tourne autour de la question à savoir si le contre-terrorisme est la bonne réponse au terrorisme ; s’il n’est pas de la même nature. Tout au long du film, le réalisateur tente de répondre à ces questions. Il observe les états d’âmes du commando israélien et suit, surtout, les pas du héros, l’agent du Mossad, Avner, en essayant de questionner le bien-fondé de la vengeance qui distingue le conflit israélo-palestinien. Spielberg stigmatise l’intransigeance et la présente comme étant l’ennemi et l’obstacle à une paix entre juifs et Arabes qui, pourtant, sont voués à vivre ensemble. Or comme le rappelle fort bien Robert Fisk, Spielberg oublie que « le vrai ennemi est le fait de spolier la terre des autres » !

En donnant aux fidayîn palestiniens et aux agents secrets israéliens la parole, surtout lors des discussions intimes autours des nombreux dîners du film, le réalisateur oeuvre à marquer des temps d’arrêt qui seraient nécessaires à la réflexion, au doute et au questionnement. C’est ce qu’il affirme d’ailleurs sur la bouche du sceptique Carl (Ciaran Hinds) lorsque, s’adressant à son compagnon Avner, il lui dit que « les jeunes comme toi sont capables de commettre des actes terribles tant que vous continuez a fuir la peur et le doute. Vous maintenez en cette à course parce que vous n’osez pas vous arrêter pour confronter votre peur et vos doutes. »

Ce qui est symbolique dans le film c’est la mort des 3 membres du commando israélien qui ont émis des questionnements critiques sur la nature éthique de leur mission. Ils ont été assassinés l’un après l’autre dans des circonstances très obscures. C’était comme si le doute et la méfiance morale étaient bannis de ce monde de manipulation où se croisent services secrets, organisations terroristes et informants et où on ne sait plus qui tue qui, qui traque qui, qui est le terroriste et qui est le contre-terroriste.

Les représailles qui procèdent chaque assassinat de palestinien, ajoutés à la radicalité de la nouvelle génération de cadres à la tête du groupe « Septembre Noir » ont contribué à plonger les membres du commando israélien dans l’incertitude quant à l’efficacité de leur mission.

Le héros, pourtant ferme et convaincu du service patriotique qu’il rend à Israël, sombre lentement dans une dépression nerveuse. Ses remords cèdent la place à une paranoïa. Et pendant qu’il était en mission, il a envoyé sa jeune femme et sa petite fille vivre à Brooklyn, à New York. À la fin du film, Avner refuse l’invitation de son ex-patron du Mossad l’exhortant de rentrer en Israël.

La dernière scène, avec les deux tours du Word Trade Center comme arrière-plan et les propos de Avner avertissant son ex-patron sur l’incapacité de la violence contre-terroriste à instaurer la paix, est certes un message critique contre la stratégie américaine de guerre contre le terrorisme.

Steven Spielberg qui conçoit son oeuvre comme une « prière pour la paix » reconnaît qu’il serait prétentieux de sa part de prétendre délivrer « un plan de paix pour le Proche-Orient ».

Ce qui est sûr c’est que, avec “Paradise Now” du Palestinien Hany Abu Assad qui traite le délicat sujet du martyr , “Syriana” de Stephen Gaghan qui aborde le sujet de la radicalisation et de l’antiaméricanisme qui touchent de plus en plus les jeunes de la riche région du Golfe, et “Munich” de Steven Spielberg, l’attention des cinéastes -et du public- se dirige de plus en plus vers le Moyent-Orient et sa situation complexe.

Espérons que l’art sera plus humain que la politique dans les réponses qu’il s’efforce d’offrir à la crise qui secoue cette région du monde.

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