Sarkozy a voté Ben Ali

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« Le premier des droits de l’homme, c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat ». On se souvient toujours de cette désormais célèbre phrase de l’ancien président français Jacques Chirac lors de sa visite en Tunisie qui avait provoqué un tollé. L’année dernière, son successeur, Nicolas Sarkoz, en entamant sa première visite d’Etat en Tunisie avait souligné que « le président Ben Ali est le premier à reconnaître qu’il y a des tas de choses à améliorer. Nous en avons parlé, nous avons parlé de cas particuliers». Au deuxième jour de sa deuxième visite d’Etat en Tunisie, Nicolas Sarkozy est resté fidèle à la diplomatie des contrats, que certains veulent qualifier de “Realpolitik”, et nous apporte la bonne nouvelle : “l’espace des libertés progresse en Tunisie”. Enfin ! Ben Ali a eu droit aux louanges de la part de quelqu’un qui ne veut pas s’ériger “en donneur de leçons” sur les droits de l’Homme.

Et comme on est habitué aux insultes présidentielles françaises, après le « manger et taisez-vous » de Chirac voici Sarkozy qui invente la roue de son Union pour la Méditerranée :

Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation. (…) Ensemble, avec votre main d’oeuvre, avec nos écoles, nos universités, avec ce que nous échangerons, nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier.

Ce sont là les propos racistes de Nicolas Sarkozy devant les 500 patrons français et tunisiens réunis en marge du forum économique tuniso-français, organisé à Gammarth en Tunisie.

main-doeuvre tunisienne

Côté affaires : La Tunisie devrait passer une commande d’une dizaine d’avions Airbus et conférer au groupe français Alstom l’équipement de la centrale thermique de Ghannouch (Gabès). Un montant global du contrat estimé à deux milliard d’euro. Un contrat qui renvoie au second plan les droits de l’Homme.

Pourtant, le 13 novembre 2007 à Strasbourg, c’était bien le même Nicolas Sarkozy qui avait déclaré devant le Parlement européen que « tous ceux qui ont fait l’expérience de renoncer à la défense des Droits de l’Homme au bénéfice de contrats, n’ont pas eu les contrats, et ont perdu sur le terrain des valeurs. » Ou encore « Je ne crois pas à la realpolitik, celle qui fait échanger ses principes contre des contrats. »

Sarkozy, le menteur, avait aussi déclaré en 2006:

La France doive parler, ce n’est pas un droit, c’est un devoir. Le silence n’est ni plus ni moins que de la complicité. Il faut dire la vérité à un certain nombre de pays (…) Je ne peux pas accepter qu’au prétexte d’avoir de bons rapports avec la Chine ou avec la Russie, on s’abstienne de dire ce que l’on pense à propos de références universelles qui ont fait la place de notre pays à travers le monde comme le statut des prisonniers (…) ou la liberté de réunion. Si la France veut continuer à être un phare pour l’humanité, elle doit continuer à parler. Si elle se tait, c’est le phare qui s’éteint.

Ce qui m’a énervé le plus avec ce nouvel épisode de diplomatie des contrats ce n’est pas tant les propos de Sarkozy en Tunisie, mais l’attitude des organisations de défense des droits de l’homme en Tunisie qui attendaient un “geste” fort et une position ferme de la France sur la question des droits de l’homme. Leur déception démesurée démontre qu’ils n’ont rien appris de la triste continuité de la politique française en Tunisie : la France sera du côté des dictateurs !

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