Borj Erroumi XL

Borj Erroumi XL

Voyage dans un monde hostile.

3ème chapitre

L’épine

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« L’histoire ne nous a pas seulement montré où était le théâtre naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait connaître les moyens de les vaincre et, après les avoir vaincus d’en rester les maîtres. Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application presque à coup sûr. »

Alexis de Tocqueville (Rapports sur l’Algérie)

1

Enfin délivrés de cette abominable domination de la cité sur l’homme ! A mesure que le camion avançait avec une arrogance insultant cet impressionnant paysage, un intense sentiment de délivrance et de détachement envahit l’âme de Hakim. Il avait l’habitude de retenir par cœur les belles phrases et de se les répéter dans les moments appropriés. A ce moment lui revint en mémoire, par un exercice qui lui était familier, une belle oraison de l’intellectuel iranien Ali Chari’ati [Dr Ali Chari’ati : le plus populaire des intellectuels iraniens et l’un des instigateurs du progressisme musulman. Il était l’animateur par excellence de l’institut « Hoseyniya Ershâd », principalement celui de Téhéran, où il a enseigné après avoir été renvoyé de l’université de Machhad. Il a été assassiné par les services de renseignement (SAVAK) du Shah le 19 juin 1977 à Londres, trois semaines après son arrivée en tant que réfugié.]: « Mon Dieu, libère-moi des quatre prisons de l’homme : la nature, l’histoire, la société et l’ego ! » [« La philosophie de la supplication », Ali Chari’ati. ] Mû par cette pensée sublime, il se laissa emporter par le flot de ses raisonnements les plus prodigieux qu’il ne communiquait qu’aux personnes ayant les oreilles prédisposées à les accueillir. « Comme c’est étrange » se disait-il, « la nature, dans ces lieux désertiques, arides et hostiles est certes plus commode et beaucoup plus avenante que les villes où règne la tyrannie des produits les plus complexes de la culture et de la technique. Le désert est l’ultime espace ayant le don exceptionnel d’offrir les états d’âme les plus splendides. » se répéta-t-il, en jetant un regard jubilatoire sur ce beau spectacle qu’offrait l’erg de Marzouk.

La plénitude qu’il éprouva ici ne lui offrait que le stade sublime de l’Unité. Elle chassait au loin les innombrables haltes de multitude, de dispersion et de distraction qui dominent souvent les êtres humains et dressent devant eux une infinité de voiles empêchant le discernement. « Est-ce parce qu’il s’agit de vide, donc d’absence de toute autre chose, que devient réalisable la tentation humaine de vivre la Présence ? » se demanda Hakim complètement ébloui par son premier contact avec le désert. « Le vide porte en lui l’invitation divine à la plénitude », répéta-t-il en ouvrant mieux ses yeux, les fenêtre extérieures de l’âme, comme il se plaisait à les appeler. Il se sentait prédestiné à recevoir ces images qui, abreuvant son esprit, se frayèrent aussitôt un chemin vers son cœur où elles trouvèrent aisément leurs cadres appropriés. Avec amour, il les suspendit aux murs de sa demeure. Elles lui étaient tellement familières qu’elles semblaient resurgir d’un coin intime de son enfance, du temps de ses premières foulées dans le monde de la représentation. Spontanément, elles reprirent leur ancienne place, celle de toujours.

« Je me rappelle, répéta-t-il avec exaltation, en laissant se dessiner sur tout son visage un sourire lumineux. Oui, je suis passé par ici, et j’ai parcouru toutes ces vallées. Chaque graine de cette immense mer de sable dorée se souvient de moi, quand je courais, encore couronné de mon innocence et ma pureté première. J’ai grimpé mille fois ces palmiers de l’Ascension pour récolter les fruits mielleux au sommet de l’existence, et boire le vieux vin de palme de ma quiddité. Tellement épris par l’état de béatitude suprême, il m’était absurde de descendre, puisque le bas, le haut et les directions se sont éteints laissant les lieux au non lieu et le temps à l’instant. Mais, à chaque fois, me sentant grisé par la proximité et la contemplation, je m’évanouissais, chutant tant attiré par ma nature argileuse. Je me retrouvais ainsi assommé et couché sur terre au moment même où le grand astre fuyait les cieux de ma Vision. Comme le dormant n’est pas voyageur, il m’a fallu traverser en veilleur des longues nuits ténébreuses pour atteindre, au seuil de l’aurore, mon état de réveil. Et, j’ai repris ma marche, en quête de nouvelle oasis. Sans boussole, sans cruche ni épée, j’ai parcouru les déserts de ma propre planète. Les bêtes féroces de mes passions et caprices m’ont barré la route. J’ai pu apercevoir avec difficulté, derrière le brouillard du corps, le cochon de ma concupiscence, le chien de ma colère et le paon de mon orgueil prenant une allure agressive et hautaine. Ils voulaient ma ruine pour avoir osé les fuir. J’ai couru, assoiffé par le désert, comme le désert derrière le mirage du désert et le flot de mes vieilles illusions. Entre le mirage de l’extérieur et l’atermoiement capricieux de l’intérieur, je me suis égaré des années ne sachant discerner le Vrai du Faux ni le réel de l’imaginaire. De l’obscur puits de la rationalité d’où jaillissait la source pure de l’illumination j’ai voulu, tel Joseph, apprendre les leçons de l’interprétation et prendre le transbordeur reliant les deux rives : du songe et de la réalité, pour réunir enfin mon vin et mon verre [Allusion au célébre vers du grand poète arabe Abû Nawâs : « Le verre est tellement mince et le vin est tellement clair qu’ils se confondent et qu’il y a doute / C’est comme s’il y avait du vin et pas de verre, ou comme s’il y avait un verre et pas de vin. » Ce vers décrit, selon les Soufis, l’ittihad, identification, ou l’extinction ‘fanâ’. Pour l’Imam Al Gazâlî ce vers décrit ce qu’il nomme de ‘fanâ al fanâ’ ’extinction de l’extinction’ ou l’état de l’ivresse mystique dans laquelle le passionné de Dieu, ‘achek, n’est plus conscient ni de lui-même, ni de son état d’inconscience de lui-même.]. On m’a refusé l’accès et on m’a jeté loin, très loin, parce qu’au moment même où je me suis incliné pour boire, j’ai dévoilé sous ma kherqa [ Manteau de laine (souf) que portent les soufis.] mon unique jambe de bois[Jambe de bois. Allusion à un vers persan de Roumi dans le quel il ressemble la méthode des rationalistes à une jambe de bois. « Pây-eh istidlâliyân chûpîn bowad / Pây chûpîn sakht bî tamkîn bowad.»]. ‘Tu n’es pas encore purifié de ta soie et tu risques de polluer la source’, me disait le gardien, ‘pars à la recherche du maître de la Verdure, accompagne-le, comme Moïse, dans le voyage d’initiation. Laisse-le trouer ton embarcation, tuer ton propre enfant rebelle et restaurer le mur trébuchant dissimulant le trésor du plus discipliné et érudit de tes enfants. Va, sois discret, commence par apprendre à marcher sur deux jambes humaines et ne reviens qu’à temps, lorsque le bout de la corde de ton pourquoi aura rejoint l’autre bout celé par le voile.’ »

Hakim se ressaisit comme s’il revenait à la réalité d’un lieu clos et qui lui était réservé, à lui seul. Par une aspiration profonde il gonfla sa poitrine et d’un geste gracieux enleva ses lunettes de soleil, fronça les sourcils et laissa échapper un petit rire ironique. Il se rappelait les circonstances de sa fuite, la police politique, l’interrogatoire de Sebha et cette incroyable course dans le désert. Il éprouva un plaisir extraordinaire à ressentir et à éterniser le sentiment de satisfaction et de confiance qui venait de l’envahir. Pourtant, le souvenir de sa ville natale l’obsédait tant il aimait Bizerte. Il se laissa transporter par le courant fort de ses souvenirs qui le ramenèrent au temps de ses campings de jeunesse. Il se rappela ses marches sur la côte bizertine, de Ghar el Melh à Sidi Béchir, de ses baignades dans toutes les plages, de sa fréquentation de toutes les forêts et de toutes les grottes qui donnaient à Bizerte un charme magique et insolite. Il se remémora ensuite ses escapades au large de Bizerte sur le petit bateau à voile, un vaurien, que le club nautique de sa ville lui avait confié, ses entraînements et chavirages l’hiver et ses sorties estivales, quand il n’avait que quinze ans, accompagné de cette jeune fille bourgeoise qui savait défier sa timidité religieuse en l’initiant à la passion et inaugurant dans son âme pieuse d’alors les souffrances du remord et du péché. Ces pensées le conduisirent ensuite aux quelques souvenirs de son bref passage à la faculté des Lettres de Tunis. Il se rappelait le matin du 7 novembre lorsqu’il s’était réveillé avec la nouvelle de l’éviction de Bourguiba par le général Ben Ali. Il était alors dans son lit au foyer Habib Thameur à l’Ariana, une banlieue de Tunis, quand une sorte de panique avait soudainement agité le foyer. De prime abord, il avait cru que les BIS [Brigades d’intervention spéciale.] ou les BOP [Brigades d’ordre public.] avaient envahi comme d’habitude les lieux pour punir le patriotisme des étudiants. Mais la nouvelle du coup d’Etat avait couru d’une chambre à l’autre et avait rajouté à la confusion régnant au sein de la mouvance estudiantine. Bien que plus proche de la mouvance islamique que des gauchistes, il fut déçu de la manière dont les islamistes en général avaient accueilli la venue de Ben Ali. Le leader d’Annahdha n’avait pas hésité à déclarer sa formule désormais célèbre: « Notre confiance en Dieu et en Ben Ali est grande » et avait poursuivi ses bévues stratégiques qui avaient conduit à l’éradication de son parti Annahdha et à l’impasse de l’ensemble de la mouvance islamiste. Hakim, se rappela enfin comment il a décidé d’abandonner ses études pour prendre le chemin du voyage, vers d’autres horizons, où la vie, la vraie, celle qui se trouvait en dehors des murs des classes, des amphithéâtres et des administrations, existait. Il avait toujours eu la conviction, surtout après avoir été privé par le système éducatif tunisien d’étudier la sociologie [L’orientation des nouveaux étudiants se fait selon des critères très arbitraires qui font qu’une grande partie des étudiants se retrouvent obligés ou bien d’accepter les orientations autoritaires que leur fixe l’administration de tutelle ou bien d’abandonner les études. Il n’est pas rare dans ce contexte qu’un pourcentage faible des inscrits pour la première année universitaire parvient à achever les études universitaires.], que le sacro-saint cycle: ‘étude, travail, mariage’ n’était qu’une vie artificielle. Le simple fait de continuer des études qu’il exécrait et qu’il n’avait jamais choisies, n’était que le comble de l’hypocrisie et un refus catégorique de la vie réelle. Cette entreprise, celle de continuer les études, était pour lui un risque sérieux de rater le train de la vie. En un jour, sans le moindre compromis ni hésitation il avait fait ses adieux aux les études au grand dam de sa mère, et malgré les reproches de toute sa famille et la médiation infatigable de ses amis et proches.

La voix de Seyfeddine, lui offrant une cigarette, arrêta tout-à-coup l’afflux de ses souvenirs. Il ignorait pourquoi il venait de trier de sa mémoire des souvenirs si disparates. Il savait qu’il était fier et satisfait de fuir la police, que Bizerte lui manquait beaucoup, qu’il n’avait plus envie de revivre les amourettes avec cette adolescente très bourgeoise et francophone. Il savait qu’il avait consciemment et résolument choisi de quitter ses études et d’offrir selon ses propres termes ‘la rose de la jeunesse’ à la vie authentique. Bien qu’il ne regrettât rien de tout cela, il commença pourtant à réexaminer avec dépit sa nature, voire même à admettre le fait qu’il était un peu trop radical dans ses décisions, ses amours et ses relations sociales. Surtout, c’était l’histoire de son amour, son vrai et véridique amour qui l’obsédait inlassablement et le rendait, malgré la rupture, encore plus amoureux.

Bien que plus de cinq longues années aient passé depuis leur séparation, il se sentait infiniment amoureux de cette belle fille aux traits méditerranéens, raffinée, gracieuse et gâtée par la fortune, comme il aimait à la taquiner souvent. Durant les cinq dernières années qui avaient précédé la tragique rupture, il avait connu d’autres filles et avait même envisagé de s’engager, mais c’était toujours l’ombre de son amour qui le poussait au dangereux jeu de la comparaison et qui le menait désespérément à la triste conclusion que nulle fille ne pouvait égaler sa bien-aimée. Lorsqu’il se trouvait en compagnie d’une de ces filles, il remarquait qu’il ne pouvait retenir son âme qui voguait loin de là, près de sa bien-aimée de toujours. Cette situation, qui avait fini par lui rendre la vie insupportable, l’avait souvent incité à prendre son sac à dos et repartir à l’étranger, le plus loin possible de cette Tunisie qui abritait son amour impossible. Or, à l’étranger aussi, là où il espérait être à l’abri de tout ce qui embrasait sa passion, là où il dirigeait ses pas il ne voyait que la face souriante de sa bien-aimée.

Aujourd’hui encore, Hakim était sous l’emprise de la passion. Il revivait ces étranges moments où il s’était senti totalement égaré et abandonné par ses propres sens. Il se souvenait comment il avait un jour remarqué que sa vue, son odorat, son ouie et le reste de ses sens n’étaient plus à ses ordres, se querellaient et s’entretuaient pour s’arracher une part des délices de sa bien-aimée. Il avait découvert qu’il était mis hors jeu par ses propres sens et qu’il les enviait tellement. Il avait lui aussi envie d’avoir sa ration des plaisirs de l’amour. La dispersion de ses sens en présence de sa bien-aimée l’avait conduit à revoir son être sous la lumière de l’amour et à se poser ainsi la question « qui suis-je ? » Loin de l’activité intellectuelle et des débats philosophiques qui ne traitent l’être que selon ‘la connaissance acquise’ « ‘ilm hoçûli », Hakim goûta par « la connaissance vécue » ou expérience intime, « ‘ilm hothûri », le secret de son être. C’est via l’expérience effective et affective qu’il avait découvert que son essence réelle se déguisait comme un joyau derrière ses sens. Parfois elle n’avait plus besoin d’yeux pour apercevoir, ni d’oreilles pour entendre ou de main pour toucher. Il devenait libre vis à vis de ses sens, mais, prisonnier de son amour. L’amour le seul sentiment capable à la fois de libérer et d’enchaîner.

Ô pure beauté, sacrée reine du désir!

Ô mon amour, mon geôlier, mon élixir !

Libère les sujets du royaume assiégé,

Est-il roi celui qui marche esseulé?

  • * *

Dis à l’éclat éblouissant de ta blancheur,

À la magie de ta marche sur mon doux cœur,

Aux ivres tresses basculant ma destinée,

De secouer l’émoi de ma vue pétrifiée.

  • * *

Dis à ta bouche source de vin et liqueur,

À tous les miels qui épicent ta sueur,

Et aux délices de tes lèvres révoltées,

De renverser mon écuelle d’avidité.

  • * *

Dis aux voyelles qui trahissent ta pudeur,

Aux verbes ardents que conjugue ta candeur,

À la chanson de tes soupirs, énoncée,

De chuchoter dans mes oreilles surdité.

  • * *

Dis à la taille souple et soyeuse de ta chair,

Puis au satin qui enveloppe ta chaleur,

Et au coton de tes postures enflammées,

De rendre les ailes à mes mains, dérobées.

  • * *

Dis au parfum hypnotisant de ta fraîcheur,

Au musc secret de ton coup long et charmeur,

Puis au zéphyr de ton passage embaumé,

De bien quitter les pauvres filtres de mon nez.

Un jour, lors d’une situation accidentelle, non loin du quartier où sa bien-aimée habitait, était ce qui allait bouleverser complètement sa représentation de son propre amour. Par un après-midi torride, à un de ces croisements de la capitale où l’atmosphère suffocante se mêle aux odeurs étouffantes de gaz d’échappement, Hakim, attendant le feu vert pour poursuivre sa marche, aperçut à quelques mètres de lui sa bien-aimée au volant de sa voiture. Elle ne l’avait pas vu. Elle concentrait son regard sur le feu rouge, attendant, avec cette même impatience qui infectait maladivement presque tous les conducteurs, de démarrer. Le voici en face de celle qui avait occupé durant toute cette période son âme. Cela faisait plus de cinq ans qu’il ne l’avait pas vue, ni ne lui avait parlé. Cinq longues années où il n’avait pensé qu’à elle et ne rêvait que d’une conjoncture fortuite, d’une main divine qui les rapprocherait, les unirait de nouveau. D’abord, il avait sentit ses pas se diriger instinctivement vers la voiture comme attiré par une force irrésistible, puis il s’était brusquement arrêté comme si une corde attachée à son dos venait de le retenir. Il avait eu pleinement le temps de faire un geste, un pas, un signe pour attirer son attention. Il s’était abstenu. Il ne l’avait pas voulu. Il avait réalisé avec étonnement que l’image de sa bien-aimée qui habitait son âme était mille fois plus belle, plus parfaite et plus satisfaisante que celle qui était en face de lui, bien qu’elle fût toujours belle, un peu plus mûrie et qu’elle parût absorbée par une vie intense et chargée de projets artistiques, de voyages et de liaisons. En l’observant, il l’imagina dans les bras d’un autre. Cette idée qui auparavant l’aurait rendu jaloux, ne le toucha pas, et c’était étrange. Il n’avait jamais imaginé qu’une fois en face d’elle il pourrait paraître si froid et si indifférent qu’il eût un sentiment de satisfaction qui répara son orgueil blessé. Lorsque la voiture disparut derrière les autres, Hakim se sentit guéri. Son âme était devenue du coup légère, libre et agréable. Il souriait comme il ne l’avait jamais fait. Il avait ressentit qu’un soleil nouveau et splendide venait de se lever sur son existence. Il avait rit comme un fou et des larmes de joie avaient inondé ses yeux. Enfin il avait compris que son amour n’était rien d’autre que pour l’image intériorisée de sa bien-aimée, alors que la réelle, celle qui était tout près de lui était subitement devenue inutile ! Il s’était senti ivre d’une seule goutte de ce vieux vin de la passion et avait découvert qu’il a passé son temps à vouloir vainement fuir son amour vers son amour. L’union avec la bien-aimée pouvait donc s’accomplir sans elle. Dans un premier temps, cette idée lui avait paru ridicule et chimérique. Mais, à la réflexion, il avait décidé de porter courageusement l’amour en lui et de retourner le vivre à Bizerte de la plus parfaite manière.

2

Mais, aujourd’hui il n’était pas à Bizerte, il était dans l’une des régions les plus désertiques du monde : le grand Sahara. Cette idée provoqua en lui un sentiment singulier d’errance. Il alluma la cigarette que Seyfeddine lui avait donnée, tira une bouffée profonde comme s’il voulait atteindre par la fumée un coin bien précis de sa poitrine qui le dérangeait depuis déjà longtemps, puis, laissa échapper lentement une ligne continue de fumée grise qu’il examina avec chagrin. Ensuite, avec une tonalité tragique qu’il maîtrisait parfaitement lorsqu’il avait vraiment envie d’impressionner son entourage, il récita un vers semi-arabe semi-persan du poète iranien Hafez [Hafez Chirazi, Ghazal I.] :

Ala ya ayyouha essaqi adir kaasan wa nawilha

Keh ’ichq awwal asaan namoun wali oftadi mochkilha

« Ô échanson, fais tourner la coupe et offre-la ! / Car l’amour semblait facile au départ, mais les difficultés apparurent ! »

Seyfeddine connaissait bien ce ton, lui qui avait vu comment l’amour et l’union avaient illuminé l’existence de son ami et avait remarqué ensuite à quel point son cœur s’était embrasé par le feu de la séparation, avait compris que son ami avait besoin de parler d’amour. Seyfeddine, pour sa part, avait ses propres chagrins et ses nostalgies qui plus que ses deux amis l’avaient meurtri. Pour lui, depuis qu’il avait quitté Bizerte, sa famille et sa fiancée, la terre avait cessé de tourner et il n’avait point besoin ni d’un Galilée moderne ni même d’un astrologue de l’amour pour le convaincre du contraire. Car, son cœur et le reste de la galaxie tournaient autour de son amour pour sa bien-aimée et avec sa fuite c’est tout l’univers qui s’était écroulé, puisque le centre de gravitation, qui était lui-même, n’était plus à sa place. C’était pour cela que quand il venait d’entendre les vers qu’avait récités Hakim, il lâcha un soupir qui a duré un bon moment, puis alluma une deuxième cigarette et entama un sujet qui depuis des années déjà occupait le groupe :

  • Ma fiancée me manque aussi, autant que toutes les autres filles que j’ai fréquentées auparavant, affirma Seyfeddine avec résolution en frottant son front déjà bronzé par le soleil. Il se tût un instant et lança ce que Hakim voulait entendre : je les ai toutes aimées, et de tout mon cœur.
  • Comment-ça tu les as toutes aimées, rétorqua Hakim en se mettant bien en face de son ami pour donner plus d’importance à la discussion.
  • Pour moi l’amour ne se concentre pas sur un seul sujet, affirma Seyfeddine, puis avec un sourire qui laissa entrevoir des dents blanches et ordonnées il ajouta, en amour je suis généreux, je suis un générateur d’amour qui illumine l’existence de toutes celles qui tombent sous ma trajectoire. Je suis le centre autour duquel elles gravitent. Alors qu’avec toi, le schéma est à l’inverse, tu n’es que l’ombre de ta bien-aimée.
  • Mais attends là, sans elles, sans ces femmes que tu prétends avoir aimées, peux-tu générer de l’amour ? Non mon frère…. Sans elles tu ne seras que ténèbres, et sans leur amour ta vie entière ne sera qu’une tombe éternelle. Mon frère, franchement… je trouve que ton amour n’est qu’un égoïsme romantique.
  • Mais cher ami, l’amour est égoïsme. Que cherche l’amoureux à part la satisfaction de ses propres impulsions sentimentales ou sensuelles, voire les deux à la fois ? Ne fuit-il pas les maux et les peines de la séparation ? Ne cherche-t-il pas le plaisir que lui procure l’union? Ce double parcours de la fuite et de la quête ne forme-t-il pas le noyau de ce qu’on appelle amour et qui n’est en fin de compte qu’égoïsme !
  • Jusqu’ici je suis tout à fait d’accord avec toi. Mais sache que l’amour que tu venais de décrire n’est que la première escale, l’étape la plus mondaine dans le long et l’infini itinéraire de l’amour. Et selon Ibn Arabi dans son Traité de l’amour…
  • Ne me parle pas d’Ibn Arabi, interrompit violemment Seyfeddine comme s’il avait un problème personnel avec le personnage. Notre époque, … notre monde arabe avec ces traditions archaïques et son contrôle social asphyxie l’amour en dépit de toutes les belles chansons d’Oum Kalthoum, en dépit de notre inégalable héritage poétique, mystique et philosophique traitant et célébrant l’amour nous ne pouvons malheureusement le vivre dans nos sociétés. Alors s’il te plait laisse Ibn Arabi, Ibn Hazm et sa colombe [« Le collier de la colombe » d’Ibn Hazm Al Andalousi, traitant le sujet de l’amour.] de côté, lança sérieusement Seyfeddine sans pouvoir éviter le sourire amusé que provoqua sa propre allusion au livre « le collier de la colombe » de ce dernier.
  • Mais pourquoi sautes-tu comme un ressort d’un sujet à l’autre ? Tu veux parler d’amour ou tu veux parler du monde arabe ?
  • Je veux parler d’amour dans le monde arabe d’aujourd’hui, répondit sèchement Seyfeddine en ajoutant : moi je suis réaliste et je veux du concret car le reste n’est que théorie d’idéalistes…, un chien qui aboie après un avion.
  • Primo , je n’aime pas cette mauvaise habitude mondaine qui consiste à changer de sujet avant de l’avoir suffisamment abordé, fit énergiquement Hakim…. secundo je trouve honteux et impardonnable le fait de comparer des grandes œuvres et des grands maîtres aux aboiements de chien,…tertio, monsieur Seyfeddine, saches que ce sont les idéalistes qui changent le monde et gravent à perpétuité l’histoire de l’humanité. Les réalistes, comme toi, ne sont que des exécutants, des soldats au service des idées que tu nommes aboiements. Il se tut un instant comme pour regrouper ses pensées dispersées par les propos de Seyfeddine, puis il reprit calmement la parole : ‘ Comme la dictature et la tyrannie qui étouffent notre monde arabe ne nous empêchent pas d’être des hommes libres ; comme dans les geôles les plus obscures et sous les plus cruelles des tortures nous restons libres parce que notre essence et notre volonté défient le tortionnaire, j’applique la même chose à l’amour et je dis que malgré le contrôle social, que je dénonce, nous ressentons l’amour, nous le vivons, nous le rencontrons dans les yeux des passionnés, dans les sourires rayonnants des jeunes et surtout dans l’espoir qui défie ces tabous qui nous ont longtemps privés de briser les statues de la tradition et des vielles coutumes. L’amour est pareil à la liberté mon frère, ils sont idéalistes, fous, utopiques, mais animent toute l’existence, et nourrissent l’espoir même des soi-disant réalistes comme toi’.
  • Que Dieu bénisse ta bouche, sursauta joyeusement Seyfeddine comme pour faire oublier le malentendu de tout à l’heure. Les vieilles coutumes qui empêchent les filles de choisir leur mari, qui alourdissent la tâche du mariage et le rendent presque impossible pour une jeunesse souffrant du chômage ou d’un revenu modeste et qui ne peuvent payer tout à la fois. Ces coutumes qui demandent un trousseau d’or, d’argent et d’étoffes devront être abolies comme l’esclavage ! lança Seyfeddine fier de trouver la solution aux problèmes de l’amour.
  • Mais je pense ici que les femmes ont leur part de responsabilité car c’est précisément elles qui sous les pressions de leurs familles imposent à leurs amants tel bijou ou tel appareil ménager. Je pense que les femmes sont à la fois les victimes et les dépositaires de notre système injuste qui rend l’institution du mariage quasi-impossible et ne résout pas l’énorme problème de la sexualité, ajouta Hakim, sachant qu’il venait d’entamer par-là un autre sujet très controversé.
  • Veux-tu aussi, à l’instar des marxistes, entamer une révolution sexuelle ? demanda Seyfeddine d’un ton à la fois moqueur et plaisant.
  • Pas tout à fait, tu sais bien que je donne une très grande importance à la morale et à la vertu, mais je pense aussi qu’une société qui ne vit pas humainement sa sexualité et son amour est une société souffrante d’un handicap qui freine son élan et sa vivacité.
  • Tu veux occidentaliser les mœurs et répandre la libéralité parmi les jeunes interrompit Fadi qui venait justement de prendre part à la discussion.
  • De quelles mœurs parles-tu ? répondit énergiquement Hakim, regarde nos jeunes entassés partout sur les trottoirs et passant le temps à courir les jupons de nos belles filles semi-nues sans avoir même une chance quoi que minime de faire l’amour et de vider les rivières de libido et de passion qui les regorgent. N’est-ce pas injuste d’allumer et de provoquer des jeunes, de tourner des films érotiques et des magazines qui célèbrent le corps et offrent la sexualité comme l’unique expression de liberté tout en exerçant un strict contrôle social ? Moi je trouve tout cela injuste, immoral et source de tensions de tous genres.
  • Que veux-tu dire par sources de tensions ? demanda calmement Fadi
  • Hakim se tût un instant, offrit à ses deux amis une cigarette pour les préparer à une nouvelle thèse, en prit lui-même une, et ajouta : bien que je ne sois ni psychiatre ni psychologue, je crois tout de même que l’une des causes de notre crise provient du fait que nous n’avons pas pu résoudre le problème de la sexualité. Car, et comme nous venons de constater, l’entreprise du mariage est en panne, vu que les difficultés et financières et sociales poussent de plus en plus les jeunes à se marier tardivement.
  • Oui mais cela n’a rien à voir avec les tensions, interrompit Fadi sèchement.
  • Mais attends que je finisse mon analyse, fit Hakim fortement.
  • Ok, ok… mais explique-toi bien, car toi quand tu commences par : ‘Ali est allé à l’école’, tu termines par : ‘l’école est venue à Ali’ ! remarqua Fadi avec un ton provocateur qui tout en touchant Hakim fit éclater de rire les trois amis.
  • Je vais essayer, rétorqua Hakim en reprenant la suite de son analyse : le retardement du mariage entraîne deux conséquences néfastes : la première consiste à ce que les jeunes s’abstiennent des années durant de vivre leur sexualité et d’intérioriser ainsi une frustration et une obsession qui se répercute ensuite sur les comportements et sur le langage infâme et violent qu’on entend dans nos rues. La seconde est que les jeunes s’adonnent à la pratique de la sexualité hors du cadre légal et licite du mariage, ce que nous voyons partout dans le monde musulman où la jeunesse a légitimé de fait l’adultère tout en le condamnant sur le plan éthique ou moral. Cette dernière situation produit une sorte d’hypocrisie intime qui conduit directement à deux résultats dangereux : le premier sera un rejet caduc des nobles valeurs islamiques comme la pudeur et la fidélité, jugées irréalisables voire utopiques, ce que nous craignons tous. Deuxièmement elle conduit à une sorte de schizophrénie, une crise de conscience et une faillite identitaire. Et ces deux conséquences contribuent à l’émergence de phénomènes tels la criminalité, la consommation des stupéfiants et d’alcool, l’intégrisme, le terrorisme, la crispation identitaire et la fuite des institutions éducatives, bref de tout ce qui a une certaine force symbolique de défier et d’affronter, à tort ou à raison, le système, ses institutions et ses symboles qui obsèdent, marginalisent, excluent avec une cruauté exceptionnelle.
  • C’est une bonne analyse, remarqua Fadi, mais qu’est-ce que tu comptes faire pour résoudre le problème de la sexualité ? Ouvrir plus de bordels ou former des prostituées plus pudiques ? demanda-t-il en souriant et joignant ses deux mains comme signe d’incapacité.
  • Le mariage temporel ou de plaisir reste une parfaite solution provisoire pour une jeunesse incapable de se lier par un contrat à vie, d’autant plus qu’il est pratiqué par les chiites, a un fondement religieux bien fondé et résout pragmatiquement le problème, lâcha Hakim en ajoutant avec ironie : j’ai moi-même pratiqué ce mariage et ça marche à merveille. On ne ressent plus cet amer arrière-goût que suscite le remords et qui pèse énormément sur la conscience des hommes et des femmes de piété.
  • Tu veux appliquer à une société sunnite une importante pratique chiite, si c’est cela ce que tu veux, je te conseille de ne pas te hasarder sur ce champ de mines car ils t’excommunieront et te banniront, fit Fadi en regardant Seyfeddine comme l’appelant à soutenir sa thèse.
  • Qui va m’excommunier ? Et qu’elle est cette autorité religieuse qui possède aujourd’hui le droit de parler au nom des musulmans ? Al Azhar, les Wahhabites, les Salafistes, les talibans ou le mufti des maisons tunisiennes ? demanda avec détermination Hakim. Tous ceux-là tolèrent l’injustice et soutiennent le tyran. Tous ceux-là veulent reculer alors que l’histoire avance. Ils veulent instaurer l’idéal de la Médine alors que la Médine n’était pas parfaite, elle comportait des hypocrites, et d’opportunistes qui dès que notre prophète (SAWS) eût quitté le monde, ils massacrèrent sa famille, violèrent le pacte sacré qui protège chaque musulman, ils brûlèrent des maisons, firent écouler le sang et calomnièrent l’honneur de plusieurs croyants le Coran-même déclare : « Et parmi les Bédouins qui vous entourent, il y a des hypocrites, tout comme une partie des habitants de Médine. Ils s’obstinent dans l’hypocrisie. Tu ne les connais pas mais Nous les connaissons. » [Coran, chapitre 9, verset 101] Ces cheikh d’aujourd’hui ne me font pas peur car j’ai choisi de ne craindre que Dieu, ajouta Hakim avec une irritation qui l’envahissait chaque fois qu’il abordait le sujet de l’autorité religieuse.
  • Ils sont capables de te discréditer aux yeux d’une population ignorante, analphabète qui croit en tout ce qu’ils déclarent ? avertit Fadi calmement.
  • Je sais, c’est un risque à courir si on veut faire avancer les choses. On ne peut pas laisser le champ libre à ces rigoristes qui s’accaparent le droit de parler au nom de la religion alors qu’ils visent le bas-monde, à ceux qui profitent de la sacralité de la religion pour sacraliser leurs lectures rigoristes de l’islam, à ces salafistes adorateurs du salaf en place de Dieu l’Unique, à ces ennemis de l’art, de la philosophie, du mysticisme, à ces forces rétrogrades qui haïssent les plus beaux produits de la civilisation musulmane, à ces ignorants baignant dans les livres jaunis du fiqh …mais pourquoi avons-nous abandonné les cieux dissipés de l’amour pour descendre souiller nos ailes aux terres boueuses de la politique ? demanda avec regret Hakim.
  • Tu aimes flâner toi entre les nuages du soufisme et de la mystique, fit Seyfeddine en taquinant son ami, la réalité a besoin de pieds fermes et robustes et pas d’ailes frivoles, mon frère. Notre problème est ici-bas sur cette terre, et c’est ici qu’il faut chercher la solution. Parler d’amour, rêver d’amour, chanter l’amour, c’est ce que nos ancêtres nous ont légué. Cet héritage n’est plus satisfaisant car nous avons besoin de projets qui nous libèrent de l’humiliation quotidienne et c’est la tâche de la politique et du réalisme…
  • Tu m’énerves avec ta réalité et ton réalisme, interrompit soudainement Hakim, avec leur course derrière l’Etat et le pouvoir, des hommes comme toi ont réduit l’Islam à une simple idéologie d’un parti politique. Alors que nos sociétés ont besoin d’art islamique, de musique islamique, de littérature islamique, de poésie islamique… notre société a besoin de rire et d’apprendre à aimer et à s’aimer. Où sont vos poètes, vos intellectuels, vos cinéastes, vos dramaturges ? Où sont vos hommes et femmes qui uniront le peuple à la culture de la renaissance et de la réforme ? Ils sont absents parce que vous ne donnez d’importance qu’à la politique sans même la maîtriser. Oui la politique est à la base de nos maux, mais, pour la changer nous n’avons pas besoin uniquement de politique ou de parti, nous avons besoin de spectacle, d’humour, de danse, de chanson, de journalisme, de professionnels de la communication, de graphistes, de philosophes, d’intellectuels qui osent critiquer et poser les questions les plus problématiques sans avoir peur d’être disqualifiés, jugés et excommuniés par des soi-disant garants de la moralité de la cité.
  • Mais ainsi tu ouvres la porte à ceux qui n’hésiteront pas à blasphémer notre sacré et à détruire le vestige de nos valeurs morales, fit Fadi.
  • L’interdit n’a jamais protégé le sacré, et le tabou a toujours eu peur du questionnement, alors que la vérité invite à la recherche, répliqua Hakim. Si tu prétends détenir réellement la vérité, pourquoi as-tu alors peur de ceux qui la fouillent ? Ce n’est pas le trône de Dieu ou de sa religion qui tremblent sous le choc du doute mais c’est le trône de ceux qui prétendent parler en son Nom.
  • Mais c’est à travers Ses hommes que Dieu s’est adressé à l’humanité, ajouta Seyfeddine, et sans les prophètes, leurs disciples puis le commun des hommes de foi la religion ne serait jamais parvenue à accompagner l’histoire, à être même au-dessus de l’histoire.
  • C’est le temps qui suscite les questionnements et qui façonne les besoins de l’humanité, et tous ceux qui refusent d’y répondre auront le temps comme ennemi. Mais, face au temps, c’est le jeu de la mort et de la survie qui se joue, l’élixir est la réponse et le poison en est l’interdit et le tabou. Ceux et celles qui peuvent apporter des réponses aux questionnements de notre temps auront la vie à leurs côtés, le reste c’est le suicide qui les attend, fit Hakim.
  • Mais Hakim, la religion et la religiosité n’ont jamais été un domaine de rationalité. Elles exaucent le besoin de spiritualité et d’appartenance, elles apportent des réponses aux pourquoi, des éclaircissements sur l’au-delà, elles atteignent les peurs que suscite l’incapacité de l’homme vis-à vis de la mort. Alors comment expliques-tu que dans l’ère du numérique des religions primitives survivent ? Comment expliques-tu la montée des sectes et le délire pour l’ésotérisme, pour l’astrologie, pour la gnose, pour le mysticisme ? Est-ce le besoin de rationalité qui poussent les hommes aux croyances ou bien la quête du spiritualisme et du sens ?
  • C’est tout à la fois, répondit Hakim, dans nos temps modernes, si nous voulons que l’islam reprenne sa place de sauveur de l’humanité, nous devons en tant que musulmans être ouverts à toutes les critiques et affronter avec la diversité de notre religion les maux de l’humanité, son individualisme, son matérialisme, son ravage de la nature, son injustice sociale, son immoralité. Ce qui fait la force de l’islam c’est qu’il est partout. Tous les champs de la vie concernent le musulman. Toutefois, si nous limitions le message de notre religion au seul domaine politique et conflictuel nous risquerions d’abandonner d’autres champs aussi importants comme l’écologie, la spiritualité, l’économie, l’art, la littérature, la recherche scientifique.
  • Mais cher Hakim tout cela nécessite une indépendance politique, économique et militaire. Si nous ne sommes pas les maîtres de notre destinée, si nos régimes continuent à négliger le peuple, à emprisonner l’opposant, à asphyxier la société civile, à bannir l’intellectuel et le journaliste libre, à brader les richesses nationales, le projet de développement qui est devenu une obsession maladive restera pour les siècles à venir une de ces chimères.

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