Borj Erroumi XL

Borj Erroumi XL

Voyage dans un monde hostile.

3ème chapitre

L’épine

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3

A ce moment le camion s’arrêta. Les Africains suants et presque évanouis commencèrent à quitter le véhicule comme des enfants fuyant la chaleur insupportable d’un hammam. Les uns laissaient s’effondrer leurs corps exténués sur le sol brûlant, d’autres préféraient prendre de la distance pour uriner en balançant une silhouette courbatue, et les plus vifs et frivoles couraient en sautant comme des chevaux qu’on aurait longtemps enfermés.

C’était presque le couchant. Le soleil qui s’était paré d’un voile rouge splendide, avait dominé solennellement le spectacle en propageant une teinte vermeille sur ce désert rocailleux. Le sol qui, tout le long de la journée, n’avait pas cessé d’arborer des nouvelles teintes n’était pas comme on le voyait dans les films : fin, immense et propre. Ici et là il y avait des cailloux, quelques pneus usagés et des déchets que des camionneurs et des touristes avaient laissés derrière eux. Boubaker le Toubou informa Hakim, déçu de ce spectacle, qu’ils allaient bientôt parcourir le vrai Sahara, là où le sable domine un rayon immense sans eau, ni pierre, ni aucune signe de vie.

Le soleil sommait les pratiquants de se dépêcher pour faire la prière du couchant. Dans le Sahara, et pour économiser l’eau, l’ablution était remplacée par le tayammom réalisé au moyen de sable ou de cailloux qu’on appliquait, selon un rituel bien prescrit, sur les mains et le visage. Une vingtaine de jeunes s’était alignée derrière ‘Am Miftah, devenu l’imam de cette petite communauté. Pendant ce temps, le reste des non-pratiquants et des chrétiens avait formé des groupes et s’était mis à la préparation du dîner. Les uns alimentaient le feu au charbon qu’ils avaient acheté à Sebha, d’autres nettoyaient leurs ustensiles déjà maculés de sable et de poussière, et d’autres préparaient simplement leur bouillie de farine : un plat rapide ne demandant pas de grands efforts. Nos amis qui faisaient partie du groupe de ‘Am Miftah, s’étaient mis à aider Abderrazek à préparer un plat de macaroni. Parmi tous les passagers, le groupe de ‘Am Miftah était le plus préparé au voyage. Leurs provisions étaient variées et riches : macaroni, couscous, riz, légumes, fruits et surtout un gigot de chameau que Abderrazek, après l’avoir découpé et suspendu sur la cabine de camion, utilisait pour les divers mets. Comme le prescrit la vielle tradition arabe et bédouine de la baraka, ils s’étaient regroupés autour d’un gros plat collectif ayant le mérite d’inculquer les valeurs de la fraternité et de l’altruisme. Ce cercle qui avait débuté avec les sept personnes formant le groupe initial, n’avait pas cessé de s’élargir pour accueillir des convives Africains attirés par l’odeur du plat. Après le dîner, ils s’étaient regroupés autour du feu pour déguster du thé et écouter, comme à Aldjinsia, les aventures de ‘Am Miftah et de Hadj Chitiw. L’attention était particulièrement portée sur les côtés pratiques de la traversée du désert : comment reconnaître les directions de nuit et de jour, le vent et son impact sur la nature de la conduite des véhicules, comment reconnaître l’eau potable, et cette vielle pratique bédouine qui consistait à mélanger une minime quantité de l’eau restante avec la nouvelle. Il s’agissait d’une ancienne astuce sanitaire des anciens voyageurs arabes, destinée à ne pas choquer le corps par le changement des eaux en y créant une relative constance.

Après la prière du ‘ichâ (le soir), les passagers, complètement épuisés par le voyage s’étaient couchés partout autour du camion comme des cadavres éparpillés sur un champ de bataille, laissant quelques veilleurs émerveillés par la magnificence de la nuit, et quelle nuit ! Lorsqu’elle étale son ciel parsemé et que le bruit s’étouffe, les plus avisés d’entre les êtres humains réalisent qu’ils sont vraiment sur une planète nommée Terre et qu’autour d’eux, là où les directions s’éclipsent, un univers qui défie toute l’arrogance, tout le savoir et l’illusion du bonheur humain, existe. Le désert et la nuit forment la plus parfaite fenêtre pour se rendre compte que l’humanité, avec son vacarme interminable, n’est qu’une particule microscopique et muette dans un monde infiniment bourré d’énigmes, de silence et de vie. Le désert et la nuit, cet élixir majestueux et irrésistible, est la leçon la plus parfaite pour toux ceux qui veulent comprendre que l’être humain, ce prisonnier entre deux absences : d’avant naissance et d’après mort, est pareil à cette petite graine de sable invisible que nous écrasons sous nos pieds, et plus immense que l’océan d’existence qui jaillit au-dessus de nos têtes. Mais, l’homme persiste dans son amnésie, il oublie qu’il était absent, que demain il le sera, que la terre n’est qu’une demeure temporaire où il est invité à vivre un instant de paix avec son prochain et avec soi-même. L’homme oublie, il détruit la demeure, tue le voisin et veut aller encore loin par sa soi-disant connaissance, vers d’autres lieux, d’autres planètes pour apporter avec lui le meilleur de sa technique et de son savoir et les pires de ses idées et projets. C’est au désert la nuit, que nous réalisons que l’univers en nous et tout autour de nous méprise notre mépris pour nous-mêmes. L’univers se demande pourquoi sur cette paisible et riche planète, tant de meurtres, de famine et d’oppression existent ? Comment se fait-il que cet être humain, le dépositaire de tous les secrets, la clé de tous les trésors révélés et cachés avec ses supposés progrès scientifiques et techniques ne soit pas parvenu à résoudre les problèmes de sa demeure, pis il les complique avec sa volonté de les exporter à d’autres planètes pour semer son infinie destruction. L’être humain qui prétend atteindre durant cet épouvantable vingtième siècle le summum de son humanisme et de son progrès au service de l’homme et de la nature a malheureusement massacré le plus grand nombre d’êtres humains et ravagé incurablement leur milieu en utilisant les produits les plus modernes. L’évolution d’une partie de l’humanité sur le plan scientifique et économique est désormais utilisée contre son autre partie. Et lorsqu’on a cru que les progrès de la médecine, de la pharmacie et de la production allaient enfin éliminer les famines et les épidémies, on a réalisé que plus on produit de biens plus on affame et plus on en invente de médicaments plus on en prive les peuples.

Contrairement à la navigation maritime qui anime l’espoir de la terre et les lumières des ports, celle du Sahara anime un mystère sans terre et son adresse. Elle n’a pas de cap car elle interpelle l’univers enfoui dans l’Homme et chuchote dans ses oreilles un souffle qui ranime les roses de la plus ancienne des vérités : Tous ceux qui croient être des êtres humains par le simple fait d’avoir cette apparence physique se trompent, car l’être humain n’est pas une chose acquise mais un but, le but n’est pas le terme du parcours mais le parcours-même et le parcours n’est rien d’autre que l’âme humaine.

4

Très tôt, après la prière de l’aurore et un petit déjeuner rapide, le camion reprit la direction du Sud. Il faisait encore sombre et on avait voulu profiter de la fraîcheur qu’offrait le petit-matin pour accélérer la conduite vers le prochain point de contrôle des militaires libyens. Bien que Gatroun fut officiellement le dernier point de la police des frontières, le territoire libyen se prolongeait encore à des centaines de kilomètres jusqu’au poste frontalier sud de Tidjeri. Entre Gatroun et Tidjeri, un autre poste se cachait entre les dunes caillouteuses de l’erg de Marzouk à droite de la piste menant à Agadez. Cet erg qui domine tout le sud-ouest libyen, s’étend jusqu’à la frontière du Niger. Il se compose de deux ergs distincts : un erg de sable qu’on appelle l’Idhan Marzouk enclavé presque entièrement par le second erg, rocheux, le Hammadat Marzouk composé de plateaux et de massifs volcaniques de couleur sombre qui s’allonge dans une direction Sud-Est pour finir dans le plateau du Djado et du Tchigaï au nord du Niger.

Hakim et ces amis, qui pendant leur détention au commissariat de Sebha avaient perdu leurs sièges, étaient contraints, lorsque la chaleur était abordable, de prendre place sur le toit à même les bagages. Entre dix heures et quatre heures de l’après-midi, lorsque le soleil tapait fort, ils s’installaient à l’intérieur du camion et prenaient place à tour de rôle sur les jerrycans qui barraient l’aller ou ils s’entassaient sur le marchepied de la portière arrière.

Allongés sur les bagages à dos du camion, les trois amis assistaient avec fascination au spectacle majestueux de l’aurore. L’invasion des couleurs redonnait alors au désert son aspect imposant et sévère. Les oueds et les dunes se succédaient et offraient parfois un sol caillouteux d’autres un océan de sable vif presque impraticable obligeant ‘Am Miftah à passer à une vitesse minimale au-dessous de vingt kilomètres à l’heure. Parfois, le sol lui donnait la chance d’accélérer, provoquant un tourbillon de sable qui enveloppait les trois amis.

Au début de l’après-midi le camion s’arrêta devant une maisonnette construite au milieu de nulle part. Le jeune militaire, kalachnikové et barbu qui accueillait torse-nu les passagers, le sommait de former deux files distinctes : les Arabes d’un côté et les Africains de l’autre. Avec les premiers, passé l’étonnement de les voir dans ces vallées désertes, il était extrêmement gentil et examinait précipitamment leurs documents de voyages. Aux seconds il ordonnait de faire descendre tous leurs bagages et entamait une fouille minutieuse assortie d’insultes, de coup de crosse et la saisie de quelques affaires personnelles : un radiocassette, une combinaison militaire qu’un Ghanéen portait sur lui, des lunettes de soleil, des montres et quelques paquets de cigarettes. Après ces brimades, désormais courantes, il confiait à ‘Am Miftah une provision de tomates, de sucre, de thé, de farine et d’huile qu’il le priait de transporter à la caserne de Tidjeri.

Lorsque le camion eut reprit la route, la chaleur était au comble de son sadisme. Les keffiehs que nos amis humidifiaient toutes les quinze minutes s’étaient révélées incapables de protéger leurs têtes contre un soleil cuisant et présent partout comme s’il y avait en fait mille soleils qui les encerclaient de tous les côtés. Il leur était impossible de continuer le voyage sur le camion et décidèrent de rejoindre le reste des passagers, à l’intérieur.

Hani l’Egyptien se redressa sur le gros jerrycan d’eau disposé au milieu du camion. Comme le reste des jeunes Arabes, lui aussi avait perdu sa place assise. Mais, comme son gabarit était exceptionnellement énorme et ne pouvait de ce fait, à l’instar de nos amis, se ramasser sur le marchepied, on lui offrit par compassion une place fixe sur le plus gros jerrycan. Il ne cessait de suer et d’essuyer son visage avec un mouchoir vert fripé en tenant entre les mains un bidon d’eau de dix litres qu’il suçait continuellement comme un biberon tout en se laissant secouer par le camion. Après chaque gorgée d’eau il ouvrait un petit flacon de musc qu’il appliquait sur son coup et son visage. La puanteur de la sueur émanant des soixante corps entassés comme des poulets dans une volière, ajoutée aux émanations de mazout rendait malsaine l’atmosphère d’un camion aux vitres que les Africains tenaient fermées contre la chaleur et la poussière. Hani avec des gestes de plus en plus lent éventait à l’aide d’un bout de carton imprégné de sa propre sueur son visage cramoisi. Doucement il se laissait aller à une somnolence accablée et dominée par une vision cauchemardesque.

L’ambiance de son rêve était apocalyptique, totalement conforme à ce qu’évoquaient les textes islamiques sur le Jour du Jugement : la chaleur insoutenable d’un soleil cent fois plus proche de la terre, des hurlements de détresse, des visages et des scènes effrayantes, les bons d’un côté et les méchants de l’autre, la balance de la justice divine, les gardiens d’un enfer bouillonnant…etc. Lorsque son tour fut venu, Dieu l’appela et le questionna ainsi : ‘ Hani, qu’as-tu fais de ta vie ?’ Et puisqu’en face de Dieu la vérité parle d’elle-même, il exposa ainsi le cours de sa vie : ‘ Seigneur, j’ai dormi pendant vingt ans, …puis… j’ai bu et mangé pendant cinq ans… j’ai aussi fait ma toilette pendant cinq ans… et parce que je suis né dans la deuxième moitié du vingtième siècle de l’ère chrétienne j’ai passé cinq ans devant un Satan qu’on nommait la télévision…parfois, …c’est-à-dire durant deux ans, j’ai fumé du narghileh à la terrasse d’un café de mon voisinage… j’ai attendu pendant vingt ans du fait que j’étais né en Egypte et comme Tu sais chez-nous là-bas, et dans le reste de cette partie du monde on passe une bonne partie de notre vie à attendre venir un bus, un taxi, un ami, un boulot, une épouse, un bonheur qui n’est d’ailleurs jamais venu et surtout du pain frais devant la boulangerie du quartier.’ Dieu alors appela une vache qui se tenait non loin de là et lui posa la même question que celle posée à Hani. Elle répliqua alors : ‘j’ai presque fait les même choses que ton serviteur Hani sauf bien sûr le narghileh et les toilettes ! J’ai tout de même passé plus de temps à manger parce que les hommes me forçaient à le faire pour tirer profit de mon lait, de ma viande et de ma peau, mais je n’ai jamais perdu un instant de ma vie devant la télévision ni à attendre quoi que ce soit. C’est vrai que j’ai péché quand je trottais sur l’herbe et que je saccageais par-là Tes champs, mais eux, ces être humains, oh Seigneur ! Tu es Seul Témoin de ce qu’ils ont fait de Ton Eden et ses paisibles habitants, de Ta mer bleue et ses poissons et de Ton ciel limpide et chaque oiseau volant.’ Soudain, Hani se vit prendre la physionomie d’une vache. Sur son dos il vit tous les animaux, qui jadis accompagnèrent Noé, en train de dévorer sa chair. Le sang qui coulait abondamment, finit par former une nappe inondant la terre, remontant au ciel et emplissant les océans qui devenaient rouges à leur tour. Partout où coulait son sang, il provoquait un ravage. On lui ordonna de quitter les lieux. Ni l’enfer, ni le paradis, ni même les terres mitoyennes ne voulaient de lui et de son sang. ‘Descends, lui demanda une voix solennelle, va parmi les assoiffés du désert de la damnation.’ Sur cette image et cette voix horrible le pauvre Hani se réveilla. Il regarda à droite et à gauche comme s’il cherchait un Joseph d’Egypte pour lui interpréter cette vision. Hani eut la conviction qu’il était responsable de tous les malheurs survenus ici-bas. Les guerres, les catastrophes naturelles, les dégâts causés à la nature, la malnutrition et la famine qui saccage une bonne partie du monde. Une conscience universelle s’empara de son âme. Il se sentit mourant et ne put plus respirer. Dans un mouvement épileptique il tenait sa gorge gonflée comme un bœuf de ses deux mains tremblantes qui lâchèrent d’un geste brusque le bidon d’eau. L’eau se répandait dans l’allée du camion, entre les sièges et les pieds des africains qui regardèrent soudain tous avec stupeur le visage bleuâtre de Hani. « ‘Am Miftah, stop, c’est Hani… ‘Am Miftah…oh mon Dieu…non, non ! » Une panique insoutenable affecta le camion. Des cris de détresse suppliant ‘Am Miftah et le pleurnichement de l’oiseau du paradis finirent par attirer son attention.

On évacua rapidement le pauvre Hani et on l’allongea par terre. Le premier qui se précipita sur lui en frayant difficilement un chemin parmi la foule des passagers qui tendaient leurs cous comme des girafes, fut le guide Tchadien Hadj Chitiw. Il prit la grosse tête de l’homme entre les mains et comme un docteur il examina attentivement ses yeux, sa langue, et prit son pouls, puis, d’une voix tonitruante cria à la foule autour de lui : « Allez remonter au camion, il n’y a rien à voir ici, laissez-le respirez…partez…attendez là, j’ai besoin que vous m’aidiez à le transporter sous le camion, le soleil ici est trop fort, allez… quatre jeunes ! » Ainsi on fit glisser Hani sous le camion. Là la chaleur du moteur, de la tôle, et l’odeur du mazout s’avérèrent plus bénéfiques que les rayons du soleil ou l’atmosphère puante à l’intérieur du camion. Abderrazek prépara vite, sur ordre de ‘Am Miftah qui insista qu’on ne donnât point d’eau à Hani, une tasse de thé noir qu’il appliqua lentement dans la bouche écumante du pauvre. Après une demi-heure de suspense Hani commença à remuer ses membres et ouvrir les yeux pour se retrouver sur les genoux de Hadj Chitiw qui lui souriait en lui tapotant ses joues grasses.

Cette pause fut aussi une occasion pour refroidir le moteur. Les passagers qui ne pouvaient supporter la chaleur et la puanteur à l’intérieur du camion se précipitaient pour trouver une place sous le camion : l’unique lieu ombragé dans cette immense mer de soleil. Pendant ce temps on se mettait à préparer la nourriture. Comme d’habitude seul le groupe de ‘Am Miftah, disposant d’un gaz de camping, pouvait préparer la bouffe sous l’ombre de la cabine de conduite, le reste des passagers étaient obligés de s’exposer au soleil d’un midi sahraoui. Sous le camion on ne pouvait s’asseoir confortablement, on devait se replier afin d’éviter tout contact avec le châssis brûlant. Et pour s’allonger, en plus du manque d’espace, les cailloux contrariaient toute pose se voulant confortable.

Malgré l’incommodité de la situation, nos amis, plus que les autres passagers, se régalaient de cette pause et effaçaient de leurs esprits les rudes épreuves vécues en Libye. Bien que la perspective du poste frontière de Tidjeri leur causât une certaine appréhension, ils espéraient qu’au terme de ces trois mois, ils parviendraient à rejoindre l’autre côté de la frontière.

Au milieu de l’après midi chacun avait reprit sa place. Quelques passagers voulant respirer l’air frais de l’extérieur avaient rejoint les Arabes sur le toit du camion. Le soleil déclinant étalait la magnificence de ses couleurs sur l’erg de Marzouk. La contrée devenait de plus en plus sablonneuse et abandonnait les dunes caillouteuses et les oueds serpentant cet environnement inaccessible. A mesure que le camion sortait de la piste rocheuse tracée par les méharis et les camions depuis des années, pour entrer dans le sable, on croisait des pneus usagés qui bornaient le chemin à suivre et évitaient ainsi aux aventuriers du désert de se perdre.

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