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  • sami ben gharbia 3:54 am on May 29, 2003 Permalink | Reply
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    "MCMonde" 

    « Où finit la culture et où commence le commerce ? – Je dois plaider l’incompétence en la matière. »[2]

    « L’entrée dans l’ère post-coloniale inverse dans l’ensemble du système des Nations unies le rapport de forces entre les pays du Sud et ceux du Nord. L’Unesco devient l’épicentre des débats sur l’échange inégal et l’ ” impérialisme culturel”. »[3]

    Les mythes ne sont pas l’apanage des seules sociétés archaïques, là où la raison cartésienne avait échoué à se frayer un chemin dans l’imaginaire collectif, et là où le positivisme a perdu sa bataille contre les fiefs de la superstition, des croyances religieuses ou même des divagations des fous et du fétichisme des marabouts et des grigri men. Les sociétés même les plus « avancées » constituent, elles aussi, une proie facile à un autre genre de mythes, plus sophistiqués et plus difficiles à vaincre que les mythes anciens, faits de racontars, de contes, de croyances non fondées et d’amulettes. Les sociétés post-modernes ont fabriqué leurs grigri men, ces professionnels de la communication, l’art de façonnage et de manipulation de l’esprit humain.

    Le développement, les valeurs universelles, la culture universelle, la mode, le chauvinisme scientifique, la modernité, la liberté, l’égalité, la fraternité et presque tous les «…ités » sont les mythes qui accablent l’homme dit moderne, surtout celui qui a été dénommé « non-développé » ou « en-voie-de-développement », puisque avec ces deux derniers le mythe s’est transformé en un fantasme obsédant, puis en une hantise maladive presque incurable. Dans sa présentation d’un livre qui trace la formation de l’un de ces mythes modernes les plus nuisibles, celui qui a saccagé tout le continent africain et le monde arabe, qu’est le développement [4], Silvia Perez-Vitoria nous apprend que : « De la déclaration des institutions internationales de développement à l’émergence des ONG, les doctrines se sont succédées comme autant de métamorphoses d’un même mythe. Les fidèles n’ont cessé de s’accrocher à une espérance collective, celle du bien-être matériel généralisé, refusant de voir une réalité faite de destructions, de croissance des inégalités et d’extension de la misère. (…) Le développement est devenu une réalité virtuelle à laquelle on feint de croire pour donner un sens aux pratiques sociales. »[5]

    La mission première des mythes modernes comme ceux anciens est de perpétuer le statu quo, de prévenir la rébellion contre l’ordre dominant, de maintenir une croyance collective en des principes, des enseignements, des recettes trompeuses et des valeurs irréelles et inexistantes dans le temps et l’espace réellement vécus. Comme les drogues, ils sont : « des paradis artificiels » -si on emprunte le beau terme de Baudelaire-, faites d’illusions, et d’une consommation destructrice du quotidien. « nous ne sommes pas devenus modernes ; nous sommes devenus des consommateurs de produits modernes » avait un jour averti l’intellectuel iranien Ali Chariati dans sa brillante étude « Civilisation et modernisation ».

    Y a-t-il de différence entre un cheikh rétrograde dans les montagnes afghanes et un scientifique ou économiste ou professionnel de marketing ou de la communication dans les plus hautes universités ou entreprises américaines, si l’un comme l’autre ne font que consolider leur système respectif, leur vérité spécifique, leurs enseignements « véridiques et vérifiés » et leur propre « Voie de la Raison » ? L’un domine au nom de la charia, l’autre au nom de la raison et l’autre au nom du capital. Tous visent à faire perdurer leur système de pensée, leur façon de vivre, leur puritanisme crispé ou leur american way of life, déréglé par le truchement d’une armada de mythes forgeant le sentiment d’appartenance et de supériorité. «Le mythe n’a alors aucune pertinence objective ; il continue à exister seulement à travers l’effort de la communauté des croyants et de leurs guides, qu’ils soient prêtres ou prix Nobel. » [6] Une seule chose différencie le cheikh afghan de l’universitaire américain et fait qu’ils s’affrontent : la logique de la domination ; l’un est dominant, l’autre dominé. L’un menace le système mondial, ce McMonde, par sa résistance religieuse « barbare » à l’invasion de la « modernité », par la volonté mortifière de survie de son identité qu’on nomme communément Jihad. L’autre, menace par son ingérence morale et idéologique, par sa machine militaire écrasante, par ces capitaux fluides et sa recherche « barbare » de gains et de profits. « Le McMonde reste certainement le plus formidable rival du Jihad (…) et Même si le McMonde parvient finalement à intégrer le monde commercialement, rien ne garanti qu’il le rendra plus démocratique ou respectueux des droits. » [7] L’unité de mesure du temps pour le musulman est l’instant, avait dit un jour l’un des piliers oubliés de la culture universelle : l’Imam Ali. «Chaque époque a des circonstances si propres à elle-même, elle est un état si individuel qu’elle doit nécessairement décider en elle-même et à partir d’elle-même et que c’est seulement ainsi qu’on peut décider » disait de sa part Hegel dans sa philosophie de l’histoire [8]. L’époque dans laquelle nous nous trouvons, actuellement, cet instant, est ce qui compte vraiment. Et c’est elle qui devrait être le critère de notre vision du monde contemporain et non pas les valeurs dites universelles issues de la révolution française ou de l’ère des lumières dont la conséquence directe, qu’on oubli toujours, était le colonialisme ou la destruction de l’être non européen. Nous sommes les fils et les filles de l’instant et cet instant, cet « état si individuel » qui caractérise notre monde d’aujourd’hui est régi par le principe de la domination et non par celui du droit, de la liberté et de la démocratie. Les relations internationales sont une arène proprement dite où le plus fort mange le plus faible et où le plus riche use du mensonge comme arme de dissuasion intellectuelle contre tout ce qui a un penchant à la résistance. L’empire des médias, ce temple qui entretien le mythe de la liberté de l’information, nous voile les ravages que provoque l’empire du capital dans le monde. Les brèves de l’information, dans cette ère où les moyens de communications sont pourtant le secteur qui profite le mieux des avancées de la science, ne nous rapportent des quatre coins du monde que des faits explosifs, alors que le principe même de la science qu’est la causalité nous est délibérément soustrait.

    Revenons maintenant à l’un des mythes qui m’a poussé à écrire cet article et qui est « la culture universelle ». Que voulons-nous dire par culture universelle ? Est-ce le fait d’aller dîner dans un restaurant chinois, d’entendre une fois par an un rythme africain, de manger un couscous maghrébin ou un sandwich felefil égyptien peuvent-être considérés comme des exercices de la culture universelle ? Quel est notre part, nous autres arabo-musulmans, dans cette culture universelle à part des êtres mythiques consacrant la même image de cet Orient du fantastique, à l’instar de Shéhérazade et ses créatures : Aladin, Ali Baba et Sindbad, le Simorgh… ? Quelle place occupe notre culture, à côtés de la culture africaine, asiatique, latino-américain, amérindienne, russe ou même Est-européenne dans la culture universelle, celle du simple consommateur, comme nous le sommes dans le domaine de la science, de la technique, de l’économie et de l’art, ou au contraire, des pourvoyeurs d’une portion universelle de la culture, renouvelée, entreprenante et réellemen
    t présente dan
    s l’esprit du citoyen du monde, cet être qui aspire occuper le rôle du dépositaire de la culture universelle ? La culture universelle n’est-elle pas en fait la culture occidentale globalisée avec une retouche d’occidentalisation des quelques apports non-occidentaux des autres cultures ? Hollywood n’a-t-elle pas parvenu à réinventer Aladin et Sindabad, et le conte Hay Ibn Yaqdhan ( Le Vivant Fils du Vigilant) du philosophe Ibn Toufayl (Aboubacer) devenu Robinson Crusoé et son ami Vendredi ? Ibn Sina (Avicenne), Ibn Rochd (Averroès), Ibn Toufayl (Aboubacer), Ibn Badjdja (Avempace), Ibn al-Haythem (Alhazen) et d’autres philosophes, médecins, astrologues, et mathématiciens musulmans, n’ont-ils pas perdu l’originalité arabe de leur nom au point que rares sont les personnes qui réalisent leur vrai apport dans la construction de la civilisation humaine et surtout dans le domaine du rationalisme réformateur de la raison religieuse qu’on veut rendre une trouvaille de la raison gréco-latine ? Pourquoi a-t-on modifié leurs noms arabes, occulter et rejeter leur contribution dans la formation de la culture universelle ? « Les deux moments mythiques de la première construction européenne, disons de sa fondation culturelle – la Renaissance et les Lumières-, ont un point commun : la haine de l’Orient et l’arabophobie. »[9]

    Sans la reconnaissance de l’égale dignité et de l’égale valeur des différentes cultures humaines, aucune culture universelle ne peut éclore dans l’esprit de l’Homme moderne. Tant que l’un impose aux autres la règle du jeu culturel, la circulation de l’information, et défini pour tout un chacun et de la façon la plus totalitaire la bonne et la mauvaise culture, on ne peut pas parler de culture universelle ni de valeurs universelles mais de domination culturelle, d’acculturation, d’aliénation. « Nous sommes tous assis chacun dans son passé / Le comptant sur les doigts par crainte de l’oubli/ Et lorsque l’un dit Je l’autre Que veux-tu dire ? »[10] Il n’y a pas de culture universelle proprement dite si un inter échange équilibré n’est pas assuré entre les diverses cultures humaines. S’ouvrir uniquement sur la culture occidentale sous prétexte que c’est le meilleur exemple de l’ouverture culturelle n’est que la continuation de cette même aliénation, fille adoptive de la colonisation qu’est l’acculturation.

    Revenons à nous, pour ne pas être accusé de repli anti-occidental ou de crispation identitaire. Nous Tunisiens, tant que nous ne réintégrons pas notre identité arabo-musulmano-afro-méditérranéenne nous serions la victime de nous-même, de notre propre ostracisme. Tant que nous continuons à inscrire notre histoire selon le calendrier chrétien, tant qu’on chôme selon les fêtes judéo-chrétiennes, qu’on célèbre Noël et le nouvel an chrétien – mais jamais l’an chinois ou musulman ou le Nourouz kurde et persan -, et qu’on fête le saint Valentin et la sainte Sophie, qu’on se réfugie dans une langue étrangère, bref qu’on se noie dans la culture occidentale, cela équivaut-il à prétendre appartenir à une culture universelle ? Pourquoi écrivons-nous en français et persistons à vouloir toucher le peuple, à l’appeler à assumer sa citoyenneté, alors que nous savons que la majorité de notre peuple préfère lire en arabe ? « Se résigner à écrire dans une autre langue que celle de la majorité de la nation, c’est perpétuer le fossé entre [l’écrivain] et la rue, entre le menu peuple et les privilégiés de l’argent ou de la culture. Les conséquences ne sont pas seulement d’ordre moral : la mise à l’écart culturelle de la majorité d’un peuple a, très probablement, des résultats socialement et économiquement néfastes. »[11]

    Qui est bête en fait, l’élite ou le peuple ? Sommes-nous des citoyens ou un perpétuel indigénat fidèles prisonniers de l’état de la « négritude » ? Qui est le vrai acculturé, l’ensorcelé par les « lumières de Paris », par le mythe de la métropole, l’élite ou le peuple ? «Paris [ pour ne citer que cet exemple] continu à exercer sa despotique fascination sur quiconque parle français, et même sur ceux qui ne le parlent pas. »[12] Peut-on aujourd’hui en Tunisie revendiquer le week-end islamique du jeudi/vendredi ou le calendrier musulman sans être taxer d’intégristes ou d’obscurantistes ? N’est-il pas en notre droit et devoir de récupérer les éléments symboliques de notre identité, ceux-même qui forment les fondements de notre appartenance à une spécificité culturelle en extinction, même si cela paraît outrancier aux yeux de notre trop progressiste élite toujours en décalage par rapport à la réalité ? «Nous voici devant ce troublant problème de l’identité collective (trop important pour l’évoquer longuement) et qui obsède tant de jeunes nations : pour réussir l’unification d’un peuple, sa constitution en nation moderne, ne faut-il pas postuler quelque profonde identité commune. »[13] Peut-on aujourd’hui appeler à la relecture d’Ibn Arabi, d’Ibn Rochd, d’Ibn Tofayl, de Djalaleddine Roumi, de Mansour Hallaj, de Omar Khayyam, voire du Coran et de la tradition prophétique ou mystique sans risquer les foudres de nos compatriotes, épris de la culture universelle version occidentale ? Peut-on vraiment revendiquer une renaissance lorsque notre gigantesque héritage culturel, philosophique, moral, mystique et juridique nous est totalement dérobé ? Allons-nous débuter par le zéro présent et interrompre notre contact avec ce passé millénaire ou continuer le long chemin de la formation de la raison musulmane ou arabe, qui est certes en crise mais qui n’a jamais cessé d’habiter l’esprit de nos peuples ? «Aujourd’hui encore, les musulmans ne savent pas comment parler de cet âge d’or [l’âge classique de la pensée islamique du VIIe au XIIIe siècle] car il existe un retard considérable de la recherche historique islamique. Incapables de comprendre notre héritage, nous ne sommes pas d’avantage en mesure de dialoguer sur un pied d’égalité avec les Européens en vue de la fondation de nouvelles valeurs. L’Islam contemporain a aussi oublié les brides de la modernité que les intellectuels islamique, et plus particulièrement arabes, ont tenté d’intégrer au cours de la période qui, au XIXe siècle, a été appelé «la Renaissance». Cet oubli s’explique largement par le fait que la modernité a eu un impact négatif sur les colonies, puisqu’elle a associé à ses apports bénéfiques une domination et une dénégation des cultures.» [14] avait noté l’éminent Mohammed Arkoun dans une intervention à l’Unesco, le 8 décembre 2001, à propos des Dialogues du XXIe siècle. Sans un puissant retour réformateur aux sources, sans une lecture actualisée du passé ne risque-t-on pas de déposséder notre nation, encore fragile, des ressources de sa tradition dont elle a le plus grand besoin ?

    Nous priver de notre passé, comme le veulent certaines réformes louches de l’éducation – à l’instar de celle introduite par M. Charfi -, de cette culture qui nous est devenue à l’aune des jours étrangère, constitue le moyen le plus subtile de stériliser toute évolution de notre présent et reproduire inlassablement le même cycle de domination qui depuis des siècles nous aliène. Le système économique, politique et, surtout, culturel actuel conduit inéluctablement à la destruction de tout ce que nous possédions comme bien moraux et matériaux sur l’autel de l’hypercosummérisme occidental. La mondialisation de la misère et l’occidentalisation du confort, du progrès et de la liberté sont la seule réalité vécue ; c’est le miroir du monde. Alors que les valeurs dites universelles ne sont que des cadavres inanimés, des momies d’un temps qui n’a jamais existé en dehors des murs de la citadelle occidentale. « Aujourd’hui c’est le reste du monde, que l’on n’appelle même plus tiers-monde, qui est réduit à l’état de résidu. » poursuivi le même Arkoun à la mê

    me occasion.

    Questionnons le mythe du libre-échange : est-ce que le protectionnisme américain ou la subvention de l’agriculture européenne sont compatibles avec les normes imposées par les institutions économiques dites « mondiales » aux pays du Sud ? Questionnons le mythe du droit à la santé : est-ce que les multinationales pharmaceutiques respectent la déontologie du métier lorsque tout le continent africain est l’otage de sa situation de patient privé de médicaments ? Questionnons le mythe de la culture universelle, l’art et la culture : est-ce que les productions cinématographiques, littéraires et artistiques du tiers-monde sont capables de concurrencer ceux du Nord et surtout ceux de l’épicentre américain ? Questionnons le mythe de la liberté : est-ce que les peuples du Sud ont droit à la liberté de mouvement, de passages des frontières, de parole…etc.? Questionnons le mythe du droit international : est-ce que les relations internationales sont soumises aux mythes des valeurs universelles de démocratie, de liberté et des droits humains ou à la loi de la jungle ?

    Le système mondial actuel dans lequel nous occupons en tant que population arabo-musulmanes, à côté d’autres peuples de la planète, la place de dominés n’est ni réformable, ni remédiable ; il est à détruire, à défaire et à refaire. Notre part de paresse intellectuelle, d’acculturation ou d’abêtissement (Istihmâr), selon le terme de l’intellectuel iranien Ali Chari’ati, sont aussi à détruire. Et, c’est par la destruction de ces mythes ultramodernes qui sont parvenu à aveugler notre raison que commence le chemin de la libération de cet ordre de l’inhumain. Nous menons une guerre à double front, sur le premier nous affrontons les fiefs de l’ignorance, notre ignorance de nous-même, de la mainmise de cette interprétation périmée de la religion sur nos têtes, de la culture de la soumission « fataliste et fatalisante » aux diverses structures de domination ; sur l’autre front nous affrontons les mythes modernes qui veulent hypothéquer à l’infini notre avenir et notre esquisse de l’avenir.

    Les crispations identitaires, les retours aux sources et les souffles nationalistes ne sont que la traduction de la perte de prestige et le désenchantement à l’égard des valeurs occidentales de liberté, de droit de l’homme et de démocratie que l’occident ne les respecte pas lorsqu’il agit avec les autres nations et cultures. S’accrocher, comme nous sommes en train de faire, à la seule bouée de la culture dite universelle dont les chemins ne mènent qu’à Rome, c’est à dire à cet appétit de l’Empire qui obsède tant les architectes du McMonde, ne peut pas être considéré comme attachement à la culture universelle mais comme une soumission fataliste à l’universalisation de la culture occidentale et à cette uniformisation des être humains qui tend à faire de nous les sujet d’une civilisation morte, d’une langue morte et d’une culture morte. « L’Amérique enjambe le monde comme un colosse (…) Depuis que Rome détruisit Carthage, aucune autre grande puissance n’a atteint les sommets où nous sommes parvenu. » [15]

    Même si on feint d’oublier qu’entre l’empire de Rome et celui rêvé par les américains un autre empire avait bel et bien existé, que la conscience occidentale veuille toujours omettre, celui de l’Islam, nous en tant que fils de cet islam, même sans un présent considérable, nous résisterons pour que ce nouvel empire n’effacera pas notre projet de renaissance. Et même si Ronald Reagan, l’un des architectes, à côté de Thatcher, du néolibéralisme, ce puissant mythe qui, depuis les années quatre-vingt, nous promet confort et démocratie, avait prétendu que «Nous [américains] voulions changer une nation et nous avons changé le monde »[16], nous le dirons à la manière d’un proverbe dont j’ignore l’origine : « Nous faisons ces choses non pour changer le monde mais pour empêcher qu’il ne nous change. »

    Cette apparente crispation identitaire et cette revendication du retour à nous-même ne nous prive pas pour autant de promouvoir notre culture musulmane, universelle et humaniste, ouverte à toutes les communautés vers la construction du rêve suprême islamique qu’est l’Homme Universel «al-Insan al-kamel » qu’avait traité Al-Jilli dans son livre portant le même nom et reprise après lui par Ibn Arabi et le reste des mystiques et philosophes de la sagesse orientale ou la «théosophie». C’est à l’intérieur de l’Homme Universel que tous les états possibles de l’être, ensommeillés dans la plupart des hommes, se réalisent. Il est l’archétype de la création qui avec son union avec l’Un atteint ce que Sohravardi, le grand mystique et poète iranien, maître de la philosophie illuminative (Falsafat al-ichrâq), appelle le non-lieu (Na Kôja Abad) qui contient en même temps tous les autres lieux imaginables et inimaginables, – conception de l’être qu’Henry Corbin a amener en Occident.

    Nous laissons à un autre article le traitement de cet aspect musulman de la culture universelle et son produit singulier qu’est l’Homme Universel ou le citoyen du monde version musulmane`, pour terminer par ce beau vers d’Ibn Arabi, l’un des représentants les plus magnifiques de l’Homme Universel – qui détint encore le record de la production intellectuelle jamais effectuée par un être humain : plus que huit cent cinquante ouvrages- : «Mon cœur est capable de toutes les formes. C’est une pâture pour les gazelles, un couvent pour les moines chrétiens, un temple pour les idoles, la Kaaba du pèlerin, les Tables de la Loi mosaïque et le livre du Coran. Je me lie par la religion de l’amour. Quelle que soit la route que prennent ses courtiers ! L’amour est ma religion, l’amour est ma foi. »[17]

    Notes :

    [1] Le terme est tiré d’un article de Benjamin Barber « Djihad vs. McWorld :mondialisation, tribalisme et démocratie. », Futuribles, nº170 novembre 1992 : « Des forces économiques et écologiques qui exigent l’intégration et l’uniformité et qui hypnotisent le monde à coup de hard rock, d’ordinateurs surpuissants, de fast food, de MTV, Macintosh et MacDonald, en serrant les pays dans un réseau mondial commercialement [donc culturellement] homogène : un McMonde relié par la technologie, l’écologie, les communications et le commerce. »

    [2] Propos du négociateur en chef de la Zone de libre-échange des Amériques à la veille du sommet de Québec (avril 2001).

    [3] Art et argent, histoire d’une soumission, par Armand Mattelart, Le Monde diplomatique, septembre 2001.

    [4] Lire: Développement. Histoire d’une croyance occidentale, de Gilbert Rist, Press de Sciences-Po, Paris, 1977.

    [5] Voire la rubrique : Livres de Manière de Voir nº58, p.76.

    [6] Contre la méthode, Paul Feyerabend, Editions du Seuil, 1979, p. 46.

    [7] Benjamin Barber, « Face à la retribalisation du monde », Esprit, juin 1995.

    [8] Hegel, Philosophie de l’histoire, in Werk, Berlin, Éditions Edward Gans, 1837, vol. 9, p. 9.

    [9] Fractures en méditerranée, Alain de Libera, manière de voir nº64, p. 12.

    [10] Aragon, Le fou d’Elsa, Editions Gallimard, 1963, p. 276.

    [11] Fractures en méditerranée. Op. cit.

    [12] La patrie littéraire du colonisé, par Albert Memmi, Le Monde diplomatique septembre 1996.

    [13] Ibid.

    [14] Mohammed Arkoun, Islam et Europe : mortelle amnésie, le Monde du 14 décembre 2001.

    [15] Rêves d’empire, par Philip S. Golub, Manière de voir nº60, p. 14.

    [16] La défaite du Sud, par Serge Halimi, Manière de voir nº58, p. 83.

    [17] Ibn Arabi, Tarjumân al-ashwâq (L’Interprète des désirs), Beyrouth, 1961, p. 43.

     
  • sami ben gharbia 3:19 am on May 8, 2003 Permalink | Reply
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    Balade dans les coins obscurs de « La raison des Lumières ». 

    Une armée à la pointe des dernières innovations, qui maîtrise chaque millimètre du ciel et de la terre est-elle incapable de protéger le musée de Bagdad, d’empêcher le pillage des administrations et des établissements étatiques, d’épargner les centrales électriques, l’eau et les populations civiles ? Une armée aussi sophistiquée que celle des Etats-Unis, aux ordres d’une « administration impériale » est-elle incapable de faire respecter la loi ? Pourquoi donc a-t-elle laissé faire, saccager et piller ? Pourquoi avait-on eu l’impression qu’elle profitait des scènes de destruction, d’anarchie et de pillage passées en boucle, de Bagdad, par les chaînes de télévision du monde entier ?

    Le but de la guerre, celui affiché par les « alliés », d’amener une démocratie est-il réalisable dans ce pays lorsque ses trésors culturels, millénaires, lui sont dérobés, ses puits de pétrole razziés et sa population affamée et assoiffée ?

    Pour trouver des éléments de réponses à de telles questions difficiles, il est désormais impératif de creuser la raison du conquérant à la recherche de cette invariable logique qui caractérise son comportement à l’égard des peuples colonisés, non-occidentaux. La raison occidentale, tout au long de sa tumultueuse formation, avait construit une image de l’Autre et ce afin de valider moralement et idéologiquement les éventuelles barbaries et cruautés que perpétra ses conquérants, ses mercantiles et ses missionnaires dans les quatre coins du monde non-européen.

    Les plus brillants esprits occidentaux, même parmi ceux qui ont forgé « l’esprit des lumières » et ceux qui se disaient combattre pour la liberté, la justice et le droit, ont tous ou presque développé une vision égocentrique basée sur le principe de la supériorité de la race blanche. Nietzsche, Marx, Engels, Tocqueville, Pascal, Camus… etc. ont tous cru à une certaine mission civilisatrice, donc coloniale de l’homme blanc. Certains d’entre eux avaient soutenu les conquêtes coloniales, d’autres avaient déshumanisé les non-européens et d’autres encore avaient même appelé à ravager tout ce que « les indigènes » possédaient comme bien moraux et matériaux.

    Une simple balade à travers ce que plusieurs penseurs, politiciens et historiens avaient laissé permet de se faire une image sur les raisons de ce que Edward Said appelle : « l’incapacité de la conscience occidentale à remettre en cause le principe de la domination coloniale ».(1) L’humanisme occidental, du moins dans son côté officiel, n’est selon Sartre qu’une « idéologie menteuse, l’exquise justification du pillage ; ses tendresses et sa préciosité cautionnaient nos agressions. »(2) Toujours selon les termes de Sartre, cet humanisme n’est en fait qu’un «spectacle (…) le strip-tease de notre humanisme. »

    Déjà, le concepteur de la politique de domination, Machiavel, que le poète pakistanais, Mohammed Iqbal, qualifia de « messager de Satan »(3) avait théorisé qu’ « Un prince doit comprendre, s’il veut garder son pouvoir, qu’il lui faut souvent agir contre la foi, contre la charité, contre l’humanité et contre la religion »(4)

    Alexis de Tocqueville, l’auteur de La démocratie en Amérique, l’un des grands esprits de la démocratie-coloniale et vieux fan du modèle américain, avait déclaré, lors de sa visite de l’Algérie en 1841 : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit en dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objectifs de s’emparer des hommes ou des troupeaux. »(5) Tocqueville va plus loin dans son esprit « démocratique » lorsqu’il dit : « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte mais que je n’approuve pas trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui se voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. »(6) Malheureusement, le colon ne s’était pas limité seulement aux Arabes, tout non-Européen qui se dresse sur le chemin de la résistance au plan de l’hégémonie occidentale a été saccagé, toujours au nom d’une mission historique, et souvent divine de civilisation. Le besoin au recours à la barbarie a été toujours l’arme de l’Occident pour maintenir l’autre dans sa position de soumis. Et Nietzsche de dire : « On arrivera encore à découvrir quantité de ces succédanés de la guerre, mais peut-être, grâce à eux, se rendra-t-on de mieux en mieux compte qu’une humanité aussi supérieurement civilisée, et par suite aussi fatalement exténuée que celle des Européens d’aujourd’hui, a besoin non seulement de guerres, mais des plus grandes et des plus terribles qui soient (a besoin, donc, de rechutes momentanées dans la barbarie) pour éviter de se voir frustrée par les moyens de la civilisation de sa civilisation et de son existence même. » (7)

    Jules Ferry, l’un des concepteurs de la politique coloniale française et ardent défenseur de la colonisation de la Tunisie – la localité de Menzel Bourguiba, dans les environs de Bizerte, avait pris son nom, et devenu durant toute la durée du « protectorat » : Ferry-ville – avait déclaré, le 29 juillet 1885, dans son célèbre discours devant la chambre des députés : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. » (8) Lorsque les races supérieures réclament ce droit, celles jugées inférieures n’ont même pas le droit à l’existence. Dans son livre La pensée allemande dans le monde, Paul Rohrbach, responsable de l’immigration allemande en Afrique du Sud-Ouest écrivit en 1912 : «Qu’il s’agisse de peuples ou d’individus, des êtres qui ne produisent rien de valeur ne peuvent émettre aucune revendication au droit à l’existence. » (9) Les dommages collatéraux, dans des guerres, même actuelles, qui opposent l’Occident aux autres, découlent de cette même vision des choses. « Le droit à l’existence » des êtres non-européens est soustrait lorsqu’il contraste avec « Le droit de la guerre » de l’homme occidental.

    « Le droit international ne devient que des phrases si l’on veut également appliquer ses principes aux peuples barbares. Pour punir une tribu nègre, il faut brûler ses villages, on n’accomplira rien sans faire d’exemple de la sorte » (10) affirma de sa part à la fin du 19e siècle, Heinrich von Treischke, expert en politique internationale. On a vu l’étendue de ce principe actuellement avec la crise de l’Irak. Le droit international n’a aucune valeur lorsqu’il s’agit des peuples « barbares ». Le centre de détention de Guantanamo n’est-il pas l’expression emblématique de cette disparité dans le traitement des prisonniers de guerre ! cette idée de deux poids deux mesures n’est-elle pas si ancrée dans la structure mentale des élites occidentales ! Tocqueville n’avait-il pas franchement déclaré qu’ «Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux. » (11)

    Aujourd’hui encore, en Irak de l’après Saddam, cette mission sacrée de l’occident, sous sa version américaine et britannique, est toujours de mise. « En voyant débarquer à Bagdad ce général Garner et son équipe de 450 administrateurs, on ne pouvait s’empêcher de penser que les Etats-Unis, en cette phase néo-impériale, repre

    naient à leur charge ce que Rudyard Kipling a appelé « le fardeau de l’homme blanc ». Ou ce que les grandes puissances, dès 1918, qualifiaient de « mission sacrée de civilisation » en direction des peuples incapables (…) » (12)

    Cette mission sacrée occidentale, celle qu’on nomme parfois de mission civilisatrice, d’autre de maintien de la paix, d’autre de démocratisation n’est-elle pas une de ces éternelles fourberies destinées à entretenir le mythe de la supériorité des valeurs et du model occidentale ! la supériorité n’est-elle pas dans le domaine de l’armement et de la violence ? Même le théoricien du Choc des civilisations, Huntington l’admet : « L’occident a vaincu le monde non parce que ses idées, ses valeurs, sa religion étaient supérieures (rares ont été les membres d’autres civilisations à se convertir) mais plutôt par sa supériorité à utiliser la violence organisée. Les Occidentaux l’oublient souvent, mais les non-Occidentaux jamais. »(13) Pourquoi alors cette nouvelle chanson sur la démocratisation du monde arabe ? Ecoutons notre cher Mohammed Talbi : « Monsieur Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, me dit avec la superbe des convictions solidement établies que « la démocratie n’est pas du café instantané ». Je n’ai qu’à attendre ! Les Arabo-musulmans ne sont pas idiots au point de ne pas comprendre combien les gouvernants d’Occident les méprisent. » (14)

    Oui, ce que les gouvernants de l’Occident veulent réaliser ce n’est pas la démocratisation du monde arabe. C’est sa destruction. Ecoutons cette fois un des fameux de l’Irangate, Michael Ledeen lorsqu’il dit « La recherche de stabilité est indigne de l’Amérique. Notre pays est celui de la destruction créatrice. Nous ne voulons pas de stabilité en Iran, en Irak, en Syrie, au Liban, ni même en Arabie saoudite…La question est de savoir comment déstabiliser ces pays. Nous devons les détruire pour accomplir notre mission historique. » (15) Lorsque ce monsieur avait lancé cette phrase, il était difficile de savoir ce qu’il voulait dire par « pays ». S’agit-il du régime gouvernant le pays, le système politique, la population, la culture, la religion ou tout cela à la fois ? Mais, quand le musée de Bagdad avait été pillé, quand les bombes n’épargnaient pas les civils, quand on bombardait les centrales électriques et on privait d’eau les populations locales, sa phrase prenait son vrai sens.

    « La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre ; on les abrutira de fatigue »(16) disait Sartre dans sa préface aux Damnés de la terre de Fanon. C’est l’humanité de l’autre qui est toujours niée lorsqu’il s’agit de conserver les intérêts économiques et politiques de « l’homme blanc ». La représentation dégradante de l’Autre a permis à l’Occident de bien jouer son rôle dans le spectacle de son « strip-tease humaniste ». Sinon qu’est-ce qui a rendu possible de tels crimes contre l’humanité ? Cette constante contradiction de l’Occident officiel, celui des Etats, entre ses principes universels de libertés, de justice et de respects de la dignité humaine et son intolérable et infâme soutien aux dictateurs du monde arabe n’est-elle pas le fruit de cette vision du monde, ancrée dans l’inconscient « blanc », celle qu’on appelle actuellement avec un raccourci aussi faussaire qu’insultant : « Deux poids, deux mesures » ?

    Sihem Ben Serine avait-elle raison de dire : « Notre tentative de construire la démocratie doit s’appuyer sur votre [celui des occidentaux] modèle en vous considérant comme des exemples à suivre. »(17) Est-il sage d’être ce perpétuel bon élève de l’Occident en matière de projet politique ? Surtout lorsqu’on sait comment ont été fabriqués ces élèves. Rappelons-le pour ceux qui ont oublié l’historique de nos élites : « L’élite européenne entreprit de fabriquer un indigénat d’élite ; on sélectionnait des adolescents, on leur marquait sur le front, au fer rouge, les principes de la culture occidentale, on leur fourrait dans la bouche des bâillons sonores, grands mots pâteux qui collaient aux dents ; après un bref séjour en métropole, on les renvoyait chez eux, truqués. Ces mensonges vivants n’avaient plus rien à dire à leurs frères ; ils résonnaient ; de Paris, de Londres, d’Amsterdam nous lancions des mots « Parthénon ! Fraternité ! » et, quelque part en Afrique, en Asie, des lèvres s’ouvraient : «…thénon ! …nité ! » C’était l’âge d’or. » (18) L’objectif de cette élite, comme celle qui nous gouverne en Tunisie et ailleurs, mais aussi comme certaines voix de l’opposition, n’est pas la démocratisation du monde arabo-musulman, mais la continuation du pillage par d’autres moyens. « Le meilleur et le plus intelligent moyen d’ouvrir les marchés consistait à créer sur place une élite occidentalisée, assujettie au progrès économique et indifférente à ses conséquences sur la vie de ses compatriotes (…) Ces élites doivent, bien entendu, être armées, de façon à pouvoir imposer un type de développement qui, par nécessité, entraîne l’expropriation ou l’appauvrissement de la plupart des citoyens. Cela est resté l’un des buts principaux des programmes actuels d’aide : les deux tiers de l’aide que les Etats-Unis octroient aux pays du Sud concernent l’assistance en matière de sécurité, et comprennent notamment un entraînement militaire et des transferts d’armes. » (19)

    Une politique occidentale se basant sur une imagination militaire et un projet policier n’est pas digne d’être prise comme exemple à suivre. Quand est-ce que notre élite va comprendre qu’il vaut mieux s’adresser à la jeunesse tunisienne avec des mots simples non pompeux que de passer le reste de sa vie en invité des émissions télévisé pour traiter, entre deux séances publicitaires, de ce show inlassable qu’on nomme démocratie ou le « strip-tease humaniste ».

    Notes :

    1- « Alors arriva le messager de Satan / Le Florentin qui chérissait l’erreur / Et dont le collyre détruisit la vision des hommes. / Il écrivit un Traité pour les princes / Et ainsi sema dans notre argile la graine des conflits ; / Sa nature sombra dans les ténèbres, / Et sa plume, telle un glaive, coupa en morceaux la vérité. » Mohammed Iqbal, Les Mystères du Non-Moi ( Rumuz-e-Bikhudi), traduction du persan Djamchid Mortazavi et Eva de Vitray-Meyerovitch, Albin Michel, Paris,1989, p. 122.

    2- Jean-Paul Sartre, Préface aux Damnés de la terre, de Frantz Fanon, Paris, éditions Maspero, 1961.

    3- Voir, Edward Said, l’Orientalisme, Editions du Seuil, Paris 1980.

    4- Machiavel, Le Prince, Le livre de poche, Paris, 1980, p.93.

    5- Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie. in Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p 752 cité in « Quand Tocqueville légitimait les boucheries », Par Olivier Le Cour Grandmaison, Le Monde diplomatique, juin 2001.

    6- Ibid.

    7- Humain. Trop humain, F. Nietzsche, Editions Gallimard, 1987, p.341.

    8- Inventer une mémoire commune, Alain Gresh, Manière de voir n°58.

    9- Ibid.

    10- Ibid.

    11- Alexis de Tocqueville, Ibid.

    12- Néo-impérialisme, Ignacio Ramonet, Le Monde diplomatique, mai 2003.

    13- Samuel P. Huntington, Le Choc des civilisations, éditions Odile Jacob, 1997 p.50.

    14- « Ben Laden : par lui-même, il n’est rien ! », Mohamed Talbi, Jeune Afrique l’Intelligent, numéro 2136, du 18 décembre 2001.

    15- « L’ordre américain coûte que coûte », par Ibrahim Warde, Le Monde diplomatique, avril 2003.

    16- Jean

    -Paul Sartre, Ibid.

    17- Démocraties à temps partiel, La restriction des droits en Occident joue en faveurs des dictateurs, par Francesco Piccionni, Il Manifesto, 22 novembre 2001, traduit par Omar Khayyâm, « Tunisie, réveille-toi » 30 avril 2003.

    18- Jean-Paul Sartre, Ibid.

    19- Edward Goldsmith, « Seconde jeunesse pour les comptoirs coloniaux », Manière de Voir n.58.

     
    • Bruno Drweski 11:56 am on December 28, 2006 Permalink | Reply

      Ce que vous dites ici est fort intéressant. Deux remarques toutefois. Macchiavel n’a jamais eu les opinions “macchiavéliques” qu’on lui prête, il n’a fait qu’analyser et expliquer les comportements “macchiavéliques” qu’il avait en horreur pour en avoir été témoin. Son livre est un “précis de cynisme politique” visant à expliquer le phénomène et à en éveiller l’horreur.
      Pour ce qui est de Marx, il a certes commencé ses réflexions en considérant comme tous “ses voisins” avec eurocentrisme le caractère “simplement” progressiste de la colonisation, pour, avec le temps, comprendre que ce progrès, “technique”, avait des conséquences assez largement désastreuses, ce qui ressort de ses écrits tardifs, et, plus “intimement”, d’une de ses lettre d’Alger à sa fille où, peu avant de mourir, il manifeste son admiration devant l’égalitarisme de la société musulmane et le souhait à peine camouflé que les musulmans gagnent le combat “contre les infidèles” …pourvu qu’ils arrivent à créer un parti révolutionnaire.

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