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  • sami ben gharbia 4:08 am on March 19, 2003 Permalink | Reply
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    Questionnaire 

    Pourquoi accoure-t-on pour voir les événements transmis par la chaîne qataris Aljazeera alors qu’on refuse de créer d’événements ou d’y participer ?

    Pourquoi uniquement 0,1%* des jeunes tunisiens (29% de la population du pays est âgé entre 15 et 29 ans), sont-ils intéressé à la politique ?

    Pourquoi seulement 1,4%** de la jeunesse tunisienne se destine-elle à la lutte pour une cause internationale juste ?

    Pourquoi 41,4%*** des jeunes tunisiens rêvent-ils d’émigration ?

    Pourquoi ceux qui militent au sein des partis de l’opposition sont-ils, dans le meilleurs des cas, quadragénaires ?

    Pourquoi ceux-là paraissent-ils incapables de s’adresser à la jeunesse ?

    Qui a brisé les ponts entre la jeunesse et la politique ? Quel est le pont qui lie la jeunesse à la politique ?

    Pourquoi l’opposition tunisienne refuse-t-elle de s’adresser à la jeunesse, préférant l’opposition des interviews, des communiquées et des tribunes des capitales européennes ?

    Pourquoi le mot révolution irrite-il à ce point l’ex « élite révolutionnaire » ?

    Pourquoi a-t-on abandonné la culture de l’action révolutionnaire clandestine, les techniques efficaces des tracts, des journaux muraux nocturnes et des cellules de discussions pour choisir la très confortable cyberaction ?

    Pourquoi la gauche radicale traite-t-elle les islamistes d’intégristes, de rétrogrades, d’obscurantistes, alors que les islamistes évitent de traiter les marxistes d’athées, d’excommuniés et d’hypocrites ?

    Pourquoi condamne-t-on les islamistes d’être attachés fanatiquement au mythe de l’âge d’or islamique alors que la gauche, qui est encore un otage obscurci par l’âge d’or du militantisme des années 60-70, est blanchie ?

    Quelle valeur a-telle la lutte pour la liberté d’expression si on se fixe la mission d’être un rempart contre l’islamisme ; c’est à dire de s’opposer aux droits politiques des islamistes ?

    Pourquoi milite-t-on pour la libération des prisonniers islamistes si on va les taxer par la suite de rétrogrades et d’intégristes ?

    Pourquoi combattre le fatalisme religieux si notre projet consiste à imposer un fatalisme laïc ? Et est-ce que le sacré est vraiment inexistant en dehors du champ religieux ?

    Pourquoi la gauche a-t-elle un problème avec les valeurs arabo-musulmanes ? Pourquoi la gauche ne s’est-elle jamais prononcé sur les maux moraux qui sont en train de souiller l’identité culturelle de notre jeunesse ?

    Pourquoi refuse-t-on de lire Ibn Rochd, Ibn Sina, Ibn Toufayl, Ibn Hazm, Al-Farabi, Ibn Arabi et les grandes figures de la civilisation musulmane ?

    Pourquoi se permet-on de critiquer le projet islamique alors que la gauche n’a proposé aucun projet de société à part des mots comme liberté, démocratie et droit de l’homme ?

    Croit-on encore que les mots ont encore un sens en dehors du seul critère de la réalité ? Pourquoi le mot démocratie n’a plus de sens ? Que signifie une démocratie si les gouvernements anglais, espagnol et turque négligent l’avis de leurs propres électeurs ?

    Y-a-t-il vraiment de démocratie sans aventure colonialiste ? Pourquoi la quasi-totalité des soi-disant démocraties étaient-elles des nations colonisatrices ?

    N’est-il pas temps de révolutionner notre vision du monde, notre culture politique et la logique de nos alliances ?

    Pourquoi a-t-on toujours besoin de l’Occident officiel qui soutien la dictature en Tunisie si nous voulons vraiment se libérer de ces deux à la fois ?

    Peut-il avoir d’opposition politique tunisienne sans culture politique tunisienne ? Si la réponse est négative, où est-elle donc cette culture ?

    Peut-on militer contre la dictature sans se débarrasser du dictateur intérieur qui est au fond de chacun de nous ?

    Peut-on vaincre la tyrannie si on ne se fixe pas comme objectif de militer contre les tyrans de l’opposition qui veulent monopoliser le quand, le comment et le pourquoi de l’action politique ?

    Peut-il avoir d’engagement politique sans passion politique ? Et pourquoi le mot passion exaspère-t-il les oreilles de la gauche tunisienne ?

    Sans littérature de qualité, sans art de qualité, sans artistes et littéraires de qualité, peut-il avoir d’évolution du champ culturel tunisien vers l’éclosion d’une passion pour l’engagement politique ?

    Pourquoi ceux qui sont en prison peuvent-ils défier le tortionnaire en osant écrire de livres alors que ceux qui sont libres et vivent dans les pays libres du Nord sont incapables d’écrire ?

    Pourquoi avons-nous seulement deux ou trois poètes tunisiens ?

    Pourquoi n’avons-nous aucun romancier à la taille de Najib Mahfoudh, de Tayyeb Salah, de Abderrahman Mounif, de Amin Maalouf ou de Hanna Minah ?

    Pourquoi ne célébrons-nous pas nos martyres morts dans les prisons ou sous la torture ?

    A part le fait de tolérer timidement la masturbation et d’appeler à la patience et au jeun, que proposent les islamistes pour résoudre la crise de la sexualité qui ronge une jeunesse tunisienne incapable de se marier ?

    Pourquoi militer pour un régime islamique si celui-ci va interdire la critique de la raison musulmane ?

    Est-il sage de militer pour un Etat islamique avant de militer pour une réforme de la pensée islamique ?

    Pourquoi nous oblige-t-on d’obéir aux avis jurisconsultes de Malek, d’Abou Hanifa, d’Ibn Hanbal et de Chafi’i alors que notre quotidien est mille fois plus complexe que leur avis juridique ?

    Pourquoi impose-t-on à la femme musulmane actuelle d’accepter une formule d’héritage qui ne s’adapte plus à l’esprit du temps alors qu’on la prive de son droit à la dot et à la nafaqa, pourtant garantis par l’islam à la femme ?

    Pourquoi propage-t-on l’idée machiste teintée de religieux prétendant que la femme est destinée au travail ménager alors que religieusement elle n’est pas tenue de le faire ?

    Pourquoi les imams de cette version poussiéreuse de l’islam n’informent-ils pas les femmes qu’elles ont le plein droit, du point du vu religieux, de réclamer une rémunération contre le travail ménager qu’elles exécutent au foyer conjugal ?

    Dans le Coran, pourquoi le Dieu-même de l’islam a-t-Il critiqué les traditions judéo-chrétiennes alors que les islamistes, les oulémas et les Cheikhs nous interdisent de jeter un regard critique sur notre tradition ?

    Pourquoi certaines voix veulent-elles éterniser le débat autour d’un sermon (celui de l’imam Khlif concernant Charfi) vieux de presque un an ?

    Pourquoi préfère-t-on chercher des excuses et des faux-fuyants pour manifester une opposition au front uni voire même pour la faire saboter (à l’instar de la toute-petite-pétition et le duel préfabriqué de Khlif/Charfi) alors que le vrai débat consiste à discuter du front de l’opposition ?

    Peut-il avoir de débat sur le front de l’opposition en dehors du cadre du front même ?

    Peut-on avancer de réponses sans se poser de questions ?

    * Consultation nationale sur les jeunes réalisée en 1996 et réactualisée en 2000-2001(L’intelligent du 16 mars 2003).

    ** Ibid.

    *** Ibid.

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  • sami ben gharbia 3:19 pm on March 12, 2003 Permalink | Reply
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    Une toute petite pétition, une toute petite tyrannie. Le duel Khlif/Charfi ne nous concerne pas. 

    Le régime est un faux rempart contre l’islamisme. Ainsi commence le texte d’une supercherie qui se veut pétition et qui, malheureusement, a rassemblé les signatures de certaines figures de la société civile tunisienne que nous avons longtemps aimées et respectées. Supercherie, puisque les signataires de ladite pétition ont usé à leur tour de ce qu’elles venaient juste de condamner chez le Cheikh Khlif : elles ont déformé et sorti de leurs contextes les propos dudit Cheikh. Imposant aux lecteurs une interprétation fallacieuse, elles ont voulu nous forcer à croire, comme si nous étions incapables de comprendre l’arabe ou de saisir le lexique religieux, qu’il y avait eu un appel de lynchage de la part du Chiekh Khlif. En réalité et comme l’avaient constaté les jeunes au cours de leur débat sur le forum de Tunezine, il n y a eu aucun appel au lynchage comme le prétendent les signataires de la pétition. L’Imam Khlif a simplement dit : « Ô Dieu, cet homme [Charfi] est ton esclave. Nous ne l’insultons pas et nous ne le maudirons pas, nous n’appelons pas à son meurtre comme avait fait Khomeyni avec Salman Rushdie. Toi, Tu as dit et Ton Jugement est véridique : Ô Dieu, Tuteur des croyants ; Ô Dieu, Tu es notre tuteur ; nous nous plaignons de lui auprès de Toi. Si Tu veux, Tu peux accélérer sa punition en ce monde ; si Tu veux, Tu renvoies sa punition au Jour du Jugement Dernier ; et si Tu veux, le punir à la fois ici-bas et dans l’au-delà. »

    Lorsque le Cheikh Khlif s’est fié à Dieu à la fin de son deuxième serment, il a fait cela selon une formule d’oraison, tirée du Coran et appelée prière coranique (do’â corânî), que tous ceux qui ont acquis un minimum de savoir religieux islamique connaissent. Cette oraison (Do’â) est basée sur la vision islamique du châtiment divin selon laquelle Dieu peut ajourner le châtiment au Jour du Jugement, comme Il peut le dépêcher ici-bas ou le partager entre l’ici-bas et l’au-delà et cela selon le principe de la miséricorde divine. Certes, aux yeux du Cheikh, Charfi est condamnable, mais on n’est pas ici dans un débat théologique pour se prononcer sur un tel sujet qui d’ailleurs échappe à la gauche de par sa prétention agnostique. Lyncher, selon la définition que donne Larousse veut dire : exécuter quelqu’un sommairement, sans jugement régulier, en parlant d’une foule, d’un groupe. En aucun cas on ne peut tirer du serment du Cheikh un appel à ce genre d’acte. Prétendre le contraire c’est induire les gens en mensonge et c’est se moquer de leur capacité à saisir le sens des mots.

    Ce qui nous intéresse le plus dans cette pétition c’est la logique qui a dicté la date de sa parution ainsi que sa philosophie sous-jacente. Le ton a été donné, et cela depuis le titre : le régime est un faux rempart contre l’islamisme. Donc, le vrai enjeu est d’être un rempart contre l’islamisme, et pas plus. Cela est du super classique, un chwingum mâché à chaque fois que la gauche radicale sent l’opportunité de gagner du terrain et d’attirer l’attention de son très convoité Occident, sensible par nature à de telles « sonnettes d’alarme » anti-islamistes. Si le régime de Zaba n’est pas en mesure d’assumer sa tâche de barrer la route à un islamisme, « rampant » selon le texte de la pétition -c’est ce que la pétition suggère-, et, s’il s’avère qu’il est en train de « manipuler l’islamisme » tout « en excluant les démocrates », les signataires et derrière elles les autoproclamé(e)s démocrates, la gauche radicale à sa tête le protégé et le très innocent Charfi seront le vrai rempart avenir contre l’Islamisme. Pourtant, force est de constater que ni l’islamisme ni les islamistes tunisiens n’ont rien à voir dans ce duel. Cette volonté d’entraîner les islamistes dans un spectacle politique de qualité inférieure et qui ne concernent que le régime et deux de ses marionnettes, en l’occurrence la gauche ministrable menée par Charfi et l’Imam Khlif représentant de l’Islam du palais (islam al-bilât), n’est qu’un piège de plus dressé par le pouvoir à la « volonté du front uni » qui est en train de véhiculer le discours de certains leaders sincères de « l’attitude oppositionnelle. », comme Moncef Marzouki, Salah Karkar, Ameur Larayed, Mokhtar Yahyaoui et les jeunes acteurs de la cybversion qui forment la nouvelle dynamique menaçant de basculer l’ancienne et la très érodée mascarade politique de cette opposition élitiste et opportuniste. Malheureusement, les yeux fermés, tant aveuglée par le sectarisme, une partie de la gauche s’était précipité dans le piège du régime.

    Loin de moi l’idée de défendre Cheikh Khlif ni Mohamed Charfi ; je les mets tous les deux dos à dos. D’un côté, le Cheikh Khlif est indéfendable parce qu’il il est un ouléma du palais (‘Alim bilât), qui a été certainement instrumentalisé par le pouvoir pour desserrer, de la façon la plus naïve, l’étau qui est en train de se resserrer sur un régime décrédibilisé quotidiennement par ses procédés mafieux et despotiques. Le prophète (sur lui la paix) avait prévenu que « le pire des oulémas est celui qui rend visite aux émirs, et le meilleur des émirs est celui qui rend visite aux oulémas. »[1] Dans son interprétation de cette tradition, le mystique Djalâl al-dîn Rûmî notait que « le pire des savants, c’est celui qui obtient une aide de la part des princes ; sa renommée et sa situation dépendent de ces derniers et sont dues à la crainte que ceux-ci inspirent. »[2] Sur cette base, Cheikh Khlif, et sans s’en douter de ses bonnes intentions qui dans le domaine politique se transforment souvent en désastres, est en train de rendre un service précieux à Zaba. Non pas parce qu’il a condamné Charfi, mais parce qu’il a donné une chance à d’avantage de fissures entre les différents courants idéologiques censés construire l’indispensable front.

    De l’autre côté, le cas Charfi pose un problème puisqu’il ne s’agit pas d’un simple penseur ou d’un « réformateur » comme on a tendance à le présenter, qui évolue dans le domaine intellectuel. Non. Charfi, comme l’avait remarqué Abdou Filali-Ansary a « mis la main à la pâte.»[3] Et quelle pâte ! Une pâte faite de sang, de larmes, de prisons, d’exil et d’atrocités jamais enregistrées dans une Tunisie célèbre par la tolérance de ses habitants. Rappelons ici que l’extrémisme violent est le produit du pouvoir Zaba, dont Charfi était l’un des idéologues, et non celui des islamistes majoritairement modérés et pacifistes qui dès le début de leur mouvement ont exclu le recours à la violence comme moyen politique. Dans un souci de faire peur à cette illusoire communauté internationale qui ne vient qu’au secours des gouverneurs, la pétition gonfle la réalité et parle exagérément « des morts » de l’attentat de Bab Souika et des « bombes » dans les hôtels oubliant comme s’ils n’existaient pas les morts d’islamistes innocents dans les prisons et les fabriques de tortures sous les ordres d’un régime auquel appartenait Charfi.

    Pourquoi les propos de Mohammed Talbi qui a osé appeler carrément à l’abandon de la charia et qui a dit haut et fort « Seul le Coran m’oblige »[4] écartant ainsi la tradition, passent inaperçus voire ils inspirent du respect alors que ceux de Charfi irritent tout le monde, à l’exception notoire de son camp et de ceux qui ignorent ou minimisent la réalité de l’historique de son soutien à l’oligarchie de Zaba. C’est dans la réponse à cette question que réside la complexité du cas Charfi : il n’est pas politiquement vierge. A l’instar du Cheikh Khlif, il a été lui-même instrumentalisé par le régime pour passer sa stratégie anti-islamiste. Tendancieux, Charfi n’a ni la taille de se présenter comme un pense
    ur réformateur
    , ni celle d’un opposant politique aux positions principielles. Et cela est l’avis de toutes les victimes de l’oppression. Malheureusement pour lui, personne n’est prêt à oublier ses prises de position et son soutien infâme à la dictature. Personne n’est prêt à oublier comment il s’était acharné « culturellement » sur les islamistes alors que ceux-ci n’avaient pas droit de réponse.

    « Quand j’ai accepté d’être son ministre, c’était des années de liberté. J’y ai cru, et j’ai plongé, je le reconnais. Est-ce que j’étais naïf ? Peut-être. Certains me le reprochent encore, c’est leur droit, mais je crois qu’ils sont de moins en moins nombreux »[5] avait répondu Charfi sur un ton optimiste, mais toujours naïf, à une question portant sur son soutien à Ben Ali. Des années ont passé et les blessures politiques sont, comme le veut l’histoire de l’humanité, toujours les plus difficiles à disparaître. Charfi, ce « cadavre qui pue la collaboration [et que] personne n’osait le déterrer »[6] comme disait de lui Taoufik Ben Brik, espérait, peut-être, profiter de cette attention qu’avait portée sur lui le louche serment de Cheikh Khlif et la frivole pétition des autoproclamés démocrates, pour insuffler un nouveau souffle dans sa vie politique en faillite et s’attirer l’attention et la solidarité de l’Occident sur les dangers qu’encourent ce nouveau ” Khair-eddine tunisien”

    « A cet imam, on a donné carte blanche pour donner libre cours à ses outrances. » disaient les signataires de ladite pétition. Ils ont oublié l’autre carte blanche, celle qui a été donné auparavant à ce même Charfi pour mener sa politique jugée outrancière par une bonne partie de la population tunisienne alors soumise à la peur et à l’arbitraire. « En 1989, Ben Ali nomme le président de la ligue des droits de l’homme, Mohamed Charfi, ministre de l’éducation. Il lui donne carte blanche pour réviser les manuels scolaires. Une équipe de quatre cents personnes s’est mise au travail et a tout bouleversé. La ligne de conduite a été l’esprit d’objectivité, de modernité et de démocratie. Comme a dit Mohamed Charfi qui, une fois ce travail terminé, a démissionné : « Les élèves tunisiens sont aujourd’hui vaccinés contre toutes les formes d’intégrismes. On leur enseigne le doute scientifique, l’évolutionnisme, Darwin, le Big bang, le respect de la femme, l’histoire de l’islam et du monde arabe où on s’en tient aux faits. »[7] Curieusement, ce n’était ni en Algérie, ni au Maroc, mais en terre tunisienne qu’un jeune « vacciné » et formé sous la réforme bénite de Charfi a commis la première opération kamikaze « maghrébine ».

    « Le grand malheur, c’est qu’en voulant combattre un islamisme éclairé, tolérant, disposé à se remettre perpétuellement en question, l’Etat tunisien va être, à terme, responsable de l’éclosion d’un islamisme intolérant, dur, obscurantiste, imbu de lui-même. Les années 1980 ont été le théâtre d’un grand brassage d’idées, surtout au niveau universitaire, grâce à une certaine liberté et malgré d’assez fréquentes et parfois très violentes prises de bec, aussi nécessaires que bénéfiques, entre essentiellement islamistes et gauchisants, sans oublier les nationalistes et autres démocrates.»[8] Malheureusement, ce constat ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition tunisienne. Fidèle à sa tradition, « l’élite tunisienne » condamne en vrac l’islamisme et ne fait aucune différence entre modérés, progressistes, libéraux et démocrates. Certainement qu’il y a des maux au sein de l’islamisme qui doivent être débattus voire combattus, mais aller combattre et criminaliser toute une tendance de cette énormité, de cette diversité, de cette emprise sur les populations locales et de cette influence sur les politiques nationales, régionales et internationales revient à fermer les yeux sur une réalité de plus en plus explosive. « Nous constatons simplement l’existence de mouvements puissants, d’essence politique, qui se réclament de la religion musulmane pour revendiquer des valeurs stables, éternelles, intangibles face à des valeurs dont l’Occident lui-même est en train de reconnaître la contingence. »[9] disait l’éminent Mohammed Arkoun, et c’est de ce constat que les « élites tunisiennes » peinent à saisir l’importance. Pourtant les spécialistes de l’islam politique et de l’histoire musulmane l’ont compris. Des intellectuels occidentaux sont entrain d’élaborer un travail critique avec des penseurs musulmans (certains sont comptés sur l’islamisme) pour sonder ce phénomène loin des surenchères élitistes et autosuffisantes chères à cette gauche de pacotille. Nous avons à l’esprit le travail conjoint de Tariq Ramadan et d’Alain Gresh : « L’Islam en questions » , de Farhad Khosrokhavar et d’Olivier Roy : « Iran : Comment sortir d’une révolution religieuse ». Au Machrek, les islamistes font, depuis déjà des années, partie intégrante de l’opposition et forment avec les nationalistes, les marxistes et les libéraux un front uni. Les expériences libanaise, palestinienne, jordanienne, égyptienne, et irakienne, peuvent constituer une base de données pour l’apprentie opposition tunisienne, pauvre en culture politique. Les élites du Maghreb, trop influencées par la « laïcité à la française » et envenimées par l’autosuffisance n’ont pas encore réussi à dépasser ce clivage qui menacera la cohésion et l’union nationale.

    Sommes-nous condamnés à nous affronter pour le reste de notre existence ? Sommes-nous incapables de créer les bases d’un consensus nous permettant d’évoluer vers une étape transitoire de cohabitation intellectuelle et culturelle où chacun exercera avec l’autre son droit à l’existence et à l’expression ? Il nous faut désormais apprendre, et cela parait nécessaire, le réalisme politique ( à ne pas confondre avec la real politik version américaine) pour admettre que l’islamisme comme toutes autres tendances sont des éléments constituants de notre social. Il n’y aura pas de démocratisation du monde arabe sans la participation de l’islamisme. C’est une vérité infranchissable. Mais, est-ce que l’islamisme est capable de s’adapter à la démocratie et de croire que la souveraineté du peuple est peut-être compatible avec celle de Dieu ? Ceux qui ont déjà répondu négativement à cette question et ne sont pas prêts à réviser leur lecture et les outils de leur lecture seront les vrais obstacles à l’ouverture politique. Mais, les vraies réponses à de telles questions ne seront possibles que dans le cadre d’un débat, qui aurait le mérite de nous permettre de nous libérer des cadres dans lesquelles nous nous sommes emprisonnés. Nos propres cadres de pensée sont les premières des tyrannies auxquelles nous sommes confrontés et que nous sommes tenus de combattre. Au sein de ces cadres, le langage occupe une place centrale.

    « La nouvelle tyrannie, à l’instar d’autres tyrannies, dépend dans une large mesure d’un abus systématique du langage. » [10] Ces toutes petites tyrannies, celles du langage forment malheureusement les outils du discours dit progressiste de la gauche radicale qu’on retrouve dans le texte de cette toute petite pétition : « démons obscurantistes », « intégriste », « islamisme », « démocrates », « appel au lynchage », « Une ligne rouge a été franchie », « sonnette d’alarme », « imam réactionnaire de la pire espèce », « rempart contre le fondamentalisme religieux », « bombe à retardement », « manipulation des islamistes pour affaiblir le mouvement démocratique », « fanatisme et anathème » Ce sont les mots-clés de cette toute petite pétition. Des mots-clés qui sont pourtant les statuettes de l’idéologie de cette gauche qui battit tout ce qui reste de son « projet politique » sur le fantasme d’être une entité de progressistes au sein d’une so

    ciété assiégée par un pouvoir despotique et des obscurantistes moyenâgeux. Elle a besoin de ce fantasme pour se retrouver une position, un rôle et une tyrannie de langage.

    Des mots, des formules et des adjectifs qui nous empêchent de penser, de douter et qui nous infligent une vision venant à bout de la vérité. Ces termes font abstraction de la réalité, et c’est ainsi qu’ils deviennent des toutes petites tyrannies. Reconquérir le langage, abandonner ces cages sont les premiers objectifs qu’une nouvelle culture politique tunisienne se doit fixer.

    Notes :

    [1] Voire l’Imam Ghazâlî, Ihyâ ‘Ulûm addîn ( la revivification des sciences de la religion) édition du Caire, vol .I, p. 51.

    [2] Djalâl al-dîn Rûmî, Fîhî-mâ-fîhî ( Le Livre du Dedans), traduction d’Eva de Vitray-Meyerovitch, éditions Albin Michel, 1997, p.25.

    [3] Abdou Filali-ansary, Réformer l’islam ? une introduction aux débats contemporains, éditions La Découverte, Paris, 2003, p. 221.

    [4] Seul le Coran oblige, entretien avec Mohamed Talbi, par Catherine Farhi, Le Nouvel Observateur n°1965. 4 juillet 2002.

    [5] Entretien avec Mohamed Charfi, tête de file de l’opposition en Tunisie, par Florence Beaugé, Le Monde du 27 mars2001.

    [6] Taoufik Ben Brik, Charfi, le faux sauveur de Tunis, Libération du 29 mars 2001.

    [7] Tahar Ben Jelloun, Pour sortir de la malédiction, Le Monde, du 3 novembre 2001.

    [8] Quel avenir pour la jeunesse tunisienne ? Decepticus mercredi 13 novembre 2002, Reveiltunisien.

    [9]Mohammed Arkoun, Islam et Europe : mortelle amnésie, Le monde du 14 décembre 2001.

    [10]John Berger, Où sommes-nous ? , Le Monde diplomatique, février 2003

    Caricature d’après une originale de Omayya Joha

     
  • sami ben gharbia 3:52 pm on January 15, 2003 Permalink | Reply
    Tags: , , , opposition   

    L'arrogance de la gauche ministrable 

    En lisant la lettre de T.B Hassine en réponse à celle du juge M. Yahyaoui j’ai eu l’impression de lire Tocqueville lorsque d’un côté il vantait le système démocratique dans son livre « La démocratie en Amérique » (que les pseudo-intellectuels tunisiens adorent) et de l’autre lorsqu’il légitimait le massacre des arabo-musulmans dans son « Travail sur l’Algérie », disant, sur un ton qui sonne encore dans les oreilles de Sharon, Bush, Poutin, Ben Ali et ses apprentis extrémistes laïcs « J’ai souvent entendu en France des homme que je respecte mais que je n’approuve pas trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. » [*]. C’est la même logique que ce TBH, Charfi et consort développent au vu et au su d’une minorité de la gauche ministrable qui se croit savante mais qui oubli que les islamistes, cette âme vivante des nos peuples, est en train de scruter chaque phrase, chaque mot, chaque virgule de ce que disent ici et là ces ombres à la marge du chemin continuel de la reconstruction de notre civilisation musulmane selon nos normes et nos valeurs. Les droits de l’homme, la liberté, la démocratie et le progrès c’est pour eux ; quant aux islamistes voire quant au peuple s’il opte pour les islamiste et bien il faut l’empêcher par tous les moyens. Ces moyens on les a vus, on a essayé contre les islamistes toutes les atrocités. De la panoplie du général Zaba, à celle du général Laamari, Nezar, Moubarak ; même Sharon, Bush, Blair, Poutin ont rejoint la file des éradicateurs, ils ne font que renforcer l’islamisme, de le rapprocher encore et encore du peuple et ce pour une seule raison : ILS SONT LE PEUPLE.

    Ces fervents « démocrates », qui sont pourtant prêts, dans un coin sombre de leur intellect, à soutenir la dictature, doivent savoir que le germe de l’autocratie n’est pas l’apanage du projet islamiste mais de tout projet politique dépourvue d’institutions de contrôle et de contre-pouvoir. C’est pour cette raison que seules les institutions démocratiques, la liberté d’expression et le respect de la dignité humaine garantissent d’échapper à la tentative totalitaire. Les soi-disant progressistes ne sont pas immunisés par nature ; d’ailleurs on a vu ce que ces progressistes de l’ère post coloniale ont fait des Etats-nations qu’ils ont transformés en clubs privés. On a vu les autres qui ont soutenu les pires dictatures de notre région pour une liesse de dinars servile ou pour passer leur vénéneuse stratégie anti musulmane. Ce TBH est simplement en train de tenir le même discours de Zaba et le reste des dictatures arabes : la démocratie profite aux seuls islamistes, quant à la populace’ elle est si fragile que la démocratie serait fatale au pays. Conclusion : donner nous le pouvoir parce que nous sommes les nouveaux prophètes de la démocratie ou bien perdurer la situation de tyrannie et de dictature qui prévaut déjà un demi-siècle et dont ils assument une bonne part de responsabilité.

    Je suis vraiment navré de remarquer ce vice de ramener toujours le problème ou bien à la case de la mouvance islamiste ou bien à cette habitude de mépris envers le peuple. Une opposition qui méprise le peuple le traitant de populace est une opposition élitiste vouée à l’échec ou à la dictature. Une opposition qui haïsse la mouvance islamiste est une opposition qui ne comprend rien de la réalité des sociétés arabo-musulmanes. Car il faut se rendre à l’évidence que l’islamisme est bel est bien une composante majeure de la vie politique de nos sociétés. La tentative de vouloir éradiquer l’islamisme pour construire la démocratie de demain est une tromperie et une ruse qui ne serve que les dictatures en place. Le réalisme et le bon sens politique demande l’ouverture sur l’islamisme afin de le purger de son intégrisme partiel et d’aider son aile modérée et progressiste à gagner le terrain du réformisme, et non la pousser à radicaliser d’avantage sa méthode et son discours. A force de rester habité par la seule haine de l’islamisme on finit par perdre notre clairvoyance et notre réalisme qui nous sont indispensables dans les batailles de la résistance et de l’autocritique.

    L’auteur du texte ne fait apparemment aucune distinction entre l’islamisme comme tendance idéoreligieuse et le mouvement d’Annahdha comme l’un des représentants, parmi d’autres, de l’islamisme tunisien. Annahdha qui reste le mouvement le plus organisée et le plus populaire en face du RCD, est, malgré que je sois l’un de ceux qui s’opposent au discours de R.Ghannouchi et ses adeptes, un mouvement modéré qui a propulsé depuis sa création (MTI) la plus vive et intense activité culturelle, intellectuelle et politique en Tunisie. Une activité non élitiste qui ne s’est pas limité aux intellectuels des salons mais a permis aux chômeurs, aux maçons, aux menuisiers et aux couches opprimées de la Tunisie profonde de lire, de parler, de débattre, de descendre dans les rues et de faire les plus grands sacrifices. L’ouverture relative des années 80 est la plus belle époque de débat entre diverses tendances politico-culturelles de la Tunisie, et dans ce contexte, le mouvement islamiste était l’un des moteurs essentiels de ce processus que ce même Charfi avait assassiné.

    TBH &Co ignorent, peut-être, que ce qu’ils qualifient d’islamisme est une composante organique des sociétés musulmanes. Vouloir imposer aux autres l’option des éradicateurs, à l’instar des généraux de la région, ne produit que plus de crises et plus de radicalisme. La branche réformiste de l’islamisme, que ce Charfi est en train de s’approprier la pensée, est belle et bien plus représentative des tendances qui animent nos sociétés que le discours des tyrans de la démocratie laïcisante, déracinée du milieu arabo-musulman. Etre un fervent démocrate est une bonne chose, mais aller à glisser l’uniforme des démocrates/éradicateurs, qui jubilent de l’oppression sauvage contre l’islamisme, donc contre des milliers de concitoyens, est désolant. Prétendre que les démocrates, sans une alliance avec les islamistes, vont réussir à instaurer un projet de société pluraliste en défendant les intérêts de la Tunisie contre les vampires de l’économie du marché, est une illusion fantasmatique. On l’a vu en Tunisie, en Algérie et ailleurs : toux ceux qui avaient applaudi la chasse aux sorcières lancée contre les islamistes n’ont récolté qu’une dictature ; toux ceux qui se sont rendu en France, pour demander le secours de la gauche et de la droite gouvernante n’ont recueilli que des paroles mielleuses alors que la France officielle continue de soutenir zaba par les moyens logistiques, financiers et médiatiques.

    Que l’on accepte ou non, l’islamisme est la composante la plus populaire, et non pas la plus populiste de l’identité musulmane. Ceux qui, comme ce TBH, Charfi et d’autres petits perroquets, habités par la haine de cette composante, se dressent en fait contre une large couche de la société et de la jeunesse et se placent aux côtés des vrais ennemis de notre nation. Oui, il faut absolument libérer l’islam, comme système de pensée, des discours fanatiques de l’islamisme inculte des mouvements comme les Talibanisme, le wahhabisme et le salafisme. Car tous les connaisseurs de ce que l’islam avait produit tout au long de l’histoire, savent que notre religion a été l’un des plus important berceau du développement de la raison et du spiritualisme humain. Ceux qui avaient eu la chance de lires les grands philosophes ou mystiques de l’islam ont certes sondé la profondeur de notre religion. On ne va pas construire une autre civilisation selon la culture d’un autre peuple, non, on va réformer notre civilisation musulmane qui est en panne.

    Nous travaillons de l’intérieur, nous la portons dans nos cœurs et nos têtes, nous donnons notre sang pour elle. Alors que ces pseudo-progressistes, ces spécialistes de l’import-export idéologique, ces « bisness » culturels agissent de l’extérieur et prétendent pourtant connaître ce qui est bon pour nous et pour notre religion.

    Critiquer les islamistes est une bonne chose, mais vouloir les exterminer est un acte suicidaire qui néglige la place de la sensibilité, combien représentative, dans l’échiquier culturel et politique de notre région. L’intégrisme comme branche minoritaire de l’islamisme tunisien est une maladie qu’il faut remédier avec le dialogue et la bonne parole. Mais l’intégrisme laïc des élites, qui accepte théoriquement et réellement l’existence des Chrétiens Démocrates voire même du parti du Travail israélien alors qu’ils dénigrent le droit des formations islamistes à l’existence, est un intégrisme plus dangereux par son hypocrisie et sa haine primaire et maladive. Cependant, il faut aussi dialoguer avec ce genre d’intégristes car ils sont aussi Tunisiens qu’il faut respecter.

    [*] A.Toqueville. Travail sur l’Algérie, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1991

     
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