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  • sami ben gharbia 8:23 am on December 11, 2010 Permalink | Reply
    Tags: , Corruption, Tunileaks, Tunisie, US, Wikileaks   

    TuniLeaks, les documents dévoilés par Wikileaks concernant la Tunisie : Quelques réactions à chaud. 

    Nawaat relaye, en exclusivité, une partie des documents secrets qui concernent la Tunisie dévoilés par Wikileaks. Le site qui a déjà été à l’origine de la fuite de milliers de documents sur l’engagement américain en Irak et en Afghanistan. Les documents sont issus du réseau SIPRNet (Secret Internet Protocol Router Network) de l’administration américaine utilisé pour la transmission de mémos diplomatiques et autres documents secrets. Tous les documents relatifs à la Tunisie sont classés secrets : (Classification SECRET//NOFORN). « Noforn », qui est une restriction supplémentaire, signifie « Not releasable to Foreign Nationals », autrement dit « non diffusable aux étrangers ».

    Cette première partie, que nous avons nommée TuniLeaks, est composée de 17 20 documents qui révèlent la teneur des échanges entre l’ambassade US en Tunisie et le département des Affaires étrangères américain. Lesdits rapports sont relativement récents et ont été transmis entre le 28 Mai 2008 3 Mars 2008 et le 9 février 2010. Parmi les 17 20 rapports, 2 sont rédigés par l’actuel ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tunis Gordon Gray, et 15 18 par son prédécesseur. Cette première partie de câbles diplomatiques entre l’ambassade US à Tunis et Washington sera suivie par d’autres parties que nous publierons au fur et à mesure.

    Il est important ici de signaler qu’il s’agit donc des câbles du pouvoir civil par opposition aux instances militaires. Pour le cas des documents auxquels nous avons eu accès, en l’occurrence ceux concernant la Tunisie, il est frappant de relever la place des préoccupations américaines relatives aux droits de l’Homme. Ce qui pour nous a été une surprise, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de communiqués publics destinés à calmer des ONG, mais des échanges privés entre des diplomates. Sans aucun doute, l’ensemble des documents mis en ligne par Wikileaks révélera-t-il, s’agissant d’autres pays, des éléments qui heurtent des principes de droit de l’Homme. Mais pour le cas de la Tunisie, cela ne semble pas avoir été le cas au sein des documents dont nous avons disposés.

    Nos premières appréciations sur le contenu sont des appréciations à chaud. Mais nous aurons l’occasion de revenir dessus après plusieurs lectures approfondies, seules à même de permettre de saisir des détails qui pourraient sembler anodins à première vue.

    Il serait trop long de revenir sur tous les éléments évoqués par ces documents dans cette présentation. Néanmoins, nous avons retenu quelques aspects qui ont accroché les membres de l’équipe de Nawaat, notamment les préoccupations américaines relatives aux droits de l’Homme (I), la perception des US de la pratique du pouvoir en Tunisie (II), le profil de certaines personnalités (III) et l’aspect troublant de quelques éléments dont on ne trouve quasiment pas de traces dans ces mêmes documents (IV).

    I. – Les préoccupations américaines des questions relatives aux droits de l’Homme

    C’est sans doute l’un des aspects les plus surprenants que l’on découvre au sein de ces documents. Tant et si bien, qu’il n’est pas exagéré de dire que le premier bénéficiaire de cette fuite, ce sont les USA. D’où, d’ailleurs, le fait d’envisager toutes les éventualités concernant l’origine de la fuite.

    Sur Nawaat, nous ne nous sommes jamais privés de dénoncer les connivences de l’administration américaine avec les responsables Tunisiens et (Arabes en général) en matière de violation des droits de l’Homme. Or, ces documents montrent que les choses ne sont pas aussi simples et que leur souci quant au respect des droits de l’Homme en Tunisie est réel, tout comme les pressions diplomatiques en ce sens. Si en de nombreux endroits, il question de conditionner certaines aides au regard des avancés en terme de libéralisation politique, les choses deviennent surprenantes quand on lit qu’il est même envisagé de reconsidérer les aides militaires par rapport à ce critère.

    En briefant le secrétaire d’État lors d’une visite en Tunisie, l’ambassade indique:

    « Dans nos contacts avec les responsables tunisiens, ils [les Tunisiens] soulignent nos liens solides de plus de 200 ans. Mais ils ne dépassent rarement le cap du général vers le particulier. Votre visite est une occasion d’indiquer clairement qu’il est possible d’aller plus loin. Si la Tunisie est prête à s’ouvrir et à faire davantage sur les questions qui préoccupent les États-Unis, comme par exemple, les défis régionaux et/ou la libéralisation politique, nous sommes prêts à chercher des moyens d’approfondir nos relations. »

    « In our contacts with Tunisian officials, they [Tunisians] emphasize our strong ties of over 200 years. But they rarely move from the general to the specific. Your visit is an opportunity to make clear that more is possible. If Tunisia is prepared to open up and do more on issues of concern to the United States, e.g., regional challenges and/or political liberalization, we are prepared to look for ways to deepen our relationship. » (VZCZCXRO1905 sec.18)

    Sur un autre document, on découvre qu’il est même question de faire pression au niveau des partenaires européens pour faire avancer les choses sur ce terrain. Dans le document « VZCZCXRO0363, sec.9 » on y apprend :

    « Nous recommandons d’être explicite avec les dirigeants du gouvernement tunisien [GT] que nous changeons notre approche, tout en indiquant clairement que nous allons continuer à s’engager en privé avec les partis d’opposition et la société civile. En outre, nous devons accroître nos efforts pour convaincre nos partenaires européens, et d’autres pays aux vues similaires, à intensifier leurs efforts pour persuader le GT d’accélérer la réforme politique. Si certains membres de l’UE (par exemple l’Allemagne, le Royaume-Uni) sont d’accord avec nous, les grands pays comme la France et l’Italie ont hésité à faire pression sur le GT. Nous devons travailler à les amener à le faire, et à faire de ce sujet une condition pour les collaborations futures et pour l’accession au statut-avancées avec l’UE. »

    «  We recommend being explicit with Government Of Tunisia [GOT] leaders that we are changing our approach, while also making clear that we will continue to engage privately with opposition parties and civil society. In addition, we should increase our efforts to persuade our European partners, and other like-minded countries, to step up their efforts to persuade the GOT to accelerate political reform. While some in the EU (e.g., Germany, the UK) agree with us, key countries such as France and Italy have shied from putting pressure on the GOT. We should work to get them to do so, and to condition further assistance and advanced EU associate status on it. »

    II. – L’image de Ben Ali et la perception de la pratique du pouvoir en Tunisie

    On ne s’étonnera pas d’apprendre que la considération de la personne de Ben Ali est à la hauteur du caractère despotique de son pouvoir. Certains passages, notamment ceux du doc. VZCZCXRO0363 sont sans appel.

    « Trop souvent, le gouvernement tunisien préfère l’illusion de l’engagement au travail sérieux pour une réelle coopération. Le changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali, […] La Tunisie a de gros problèmes. Le Président Ben Ali est vieillissant, son régime est sclérosé et il n’y a pas de successeur évident. De nombreux Tunisiens sont frustrés par le manque de libertés politiques et éprouvent de la colère envers la famille présidentielle, la corruption, le chômage élevé et les inégalités régionales. L’extrémisme fait peser une menace permanente. […] La Tunisie est un État policier, avec peu de liberté d’expression et d’association, et de graves problèmes de droits humains. […] Pour chaque pas en avant, il y en a un autre en arrière, par exemple le récent rachat d’importants médias privés par des personnes proches du président Ben Ali.



    [Ben Ali] et son régime ont perdu le contact avec le peuple tunisien. Ils ne tolèrent pas de conseils ou de critiques, nationales fussent-elles ou internationales. Ils s’appuient de plus en plus sur le contrôle par la police et se concentre sur la préservation du pouvoir. La corruption dans les premiers cercles s’accentue. Même les Tunisiens moyens sont à présent très conscients de cela, et les voix de leurs plaintes s’amplifient […]. Les Tunisiens vraiment n’aiment pas, voire éprouve de la haine envers la première dame Leila Trabelsi et sa famille. En privé, les opposants au régime se moquent d’elle. Même dans les cercles proches du pouvoir on y exprime la consternation face à ses frasques. Entre temps, la colère s’intensifie face au taux de chômage qui grimpe et les inégalités régionales. En conséquence, les risques pour la stabilité à long terme du régime sont en augmentation. »

    « Too often, the Government Of Tunisia prefers the illusion of engagement to the hard work of real cooperation. Major change in Tunisia will have to wait for Ben Ali’s departure, […] Tunisia has big problems. President Ben Ali is aging, his regime is sclerotic and there is no clear successor. Many Tunisians are frustrated by the lack of political freedom and angered by First Family corruption, high unemployment and regional inequities. Extremism poses a continuing threat. […] Tunisia is a police state, with little freedom of expression or association, and serious human rights problems. […] for every step forward there has been another back, for example the recent takeover of important private media outlets by individuals close to President Ben Ali.

    [Ben Ali] and his regime have lost touch with the Tunisian people. They tolerate no advice or criticism, whether domestic or international. Increasingly, they rely on the police for control and focus on preserving power. And, corruption in the inner circle is growing. Even average Tunisians are now keenly aware of it, and the chorus of complaints is rising […]. Tunisians intensely dislike, even hate, First Lady Leila Trabelsi and her family. In private, regime opponents mock her; even those close to the government express dismay at her reported behavior. Meanwhile, anger is growing at Tunisia’s high unemployment and regional inequities. As a consequence, the risks to the regime’s long-term stability are increasing. » VZCZCXRO0363, sec.1, 6 et 7.

    Et ailleurs, on y lit également :

    « Il n’y a aucune chance pour que les élections soient libres et régulières. La liberté d’expression et la liberté d’association sont sévèrement limitées. Et on ne permet pas aux partis d’opposition indépendants de fonctionner effectivement. »

    « There is no chance the elections will be free or fair; freedom of expression and freedom of association are severely constrained, and independent opposition parties are not allowed to operate effectively. » VZCZCXRO1905, sec.6

    Par ailleurs, certains événements semblent avoir eu un impact particulièrement négatif sur l’appréciation du régime tunisien. L’épisode de la nomination d’une « incompétente » à la tête de la Banque de Tunisie (qui est au demeurant l’épouse de Abdelwaheb Abdallah) tout en débarquant le très compétent Faouzi Bel Kahia « un banquier très respecté qui a occupé le poste pendant 16 ans » (« highly respected banker who held the post for 16 years » VZCZCXRO4879) paraît avoir laissé de sérieuses traces. De même, la gestion catastrophique du « problème » fiscal de l’« American Cooperative School of Tunis » fut très préjudiciable aux intérêts nationaux. Les termes que l’on découvre dans le document VZCZCXRO0363 sec. 9, du 17 juillet 2009 sont très significatifs :

    « Le plus troublant fut l’effort unilatéral et maladroit du gouvernement tunisien d’imposer de nouvelles taxes rétroactives à l’American cooperative School of Tunis. Il ne fait aucun doute que cette action a été à l’initiative d’amis puissants (y compris sans doute Leila Trabelsi) de l’Ecole Internationale de Carthage. Cela soulève d’importantes questions sur la gouvernance tunisienne et nos amitiés réciproques. Si, en fin de compte, les actions du GT obligent l’école à fermer, nous aurons besoin de réduire les effectifs de la Mission, limiter nos programmes et réduire nos relations. »

    « Most troubling has been the [Government of Tunisia’s] unilateral and clumsy effort to impose new and retroactive taxes on the American Cooperative School of Tunis. There is little doubt that this action was at the behest of powerful friends (probably including Leila Trabelsi) of the International School of Carthage. It raises important questions about Tunisian governance and our friendship. If, in the end, the GOT’s actions force the school to close we will need to downsize the Mission, limit our programs, and dial down our relations. »

    Enfin, la gestion du rapatriement des anciens détenus Tunisiens de Guantanamo semble avoir été désastreuse de la part des Tunisiens. Le manquement à la parole donnée (au niveau des assurances tunisiennes quant au respect des droits fondamentaux des rapatriés) a particulièrement exaspéré les Américains.

    III. – Abdelwaheb Abdallah, Kamel Morjane et Sakhr el Matri.

    Au niveau des ministres Tunisiens des affaires étrangères, le moins que l’on puisse dire, c’est que Abdelwaheb Abdallah n’a pas été en odeur de sainteté auprès des américains.

    «[Abdelwaheb Abdallah] est connu pour ouvrir ses rencontres avec des monologues interminables sur des positions politiques, sociales et économiques, les réussites et les positions modérées de la Tunisie sur les questions régionales. C’est le discours qu’Abdallah lui-même a conçu pendant ses années en tant que conseiller du président, chargé du contrôle des médias nationaux et internationaux. Pendant son mandat de trois ans comme ministre des Affaires étrangères, Abdallah a maintenu une influence notable – si ce n’est un contrôle – sur les médias locaux » […]« Par exemple, Abdallah me convoqua pour exprimer son «dégoût» de la condamnation de la Tunisie pour son traitement des journalistes, par le président Bush lors du 1er mai, journée mondiale pour la Liberté de la Presse. Mais les difficultés sont aussi le résultat des contrôles imposés par le ministère des Affaires étrangères. Ces contrôles limitent la capacité de l’Ambassade de s’engager avec d’autres organismes, et avec les universités, les organisations professionnelles et syndicales du pays » (VZCZCXRO1905, sec.8)

    « [Abdelwaheb Abdallah] has been known to open his meetings with lengthy soliloquies about Tunisia’s political, social, and economic successes and moderate positions on regional issues. This is the spin that Abdallah himself crafted during his years as Presidential Advisor responsible for domestic media control and international media spin. During his three-year tenure as Foreign Minister, Abdallah has maintained significant influence — if not control — over the local media” […] “For example, Abdallah convoked me to express his “disgust” that Tunisia was condemned for its treatment of journalists in President Bush’s May 1 statement on World Press Freedom. But the difficulties are also the result of the controls imposed by the Ministry of Foreign Affairs. These controls limit the Embassy’s ability to engage with other agencies, and with universities, business organizations and even the country’s labor union” (VZCZCXRO1905, sec.8).

    Ailleurs, on y apprend :

    « Nous avons été bloqués, en partie, par le ministère des Affaires étrangères qui vise à contrôler l’ensemble de nos contacts avec le gouvernement et de nombreuses autres organisations. »

    «We have been blocked, in part, by a Foreign Ministry that seeks to control all our contacts in the government and many other organizations.”(VZCZCXRO0363, sec.2).»

    En revanche, s’agissant de l’actuel ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane, celui-ci semble jouir d’une relative estime de la part de la diplomatie américaine. Il est du reste dépeint comme celui qui a cherché à limiter les dégâts de son prédécesseur.

    On notera également de longs passages concernant Sakhr El Matri, lesquels, entre autres révèlent cette promiscuité si malsaine entre les affaires et la politique. On retiendra cette anecdote, très révélatrice, qui a eu lieu à l’ambassade US où l’en passe du politique aux affaires d’El Matri sans la moindre pudeur. Celui qui aspire à obtenir une franchise McDonald en Tunisie se voit rétorquer par l’ambassadeur US que ceci nécessite des autorisations légales (de la part de l’administration tunisienne). Réponse d’El Matri : « ceci n’est pas un problème ». Et pour cause !

    Voici le passage en question :

    « El-Matri a aussi exprimé son intérêt pour l’ouverture d’une franchise de restaurant McDonalds. Lorsque l’ambassadeur a déclaré que les entreprises américaines avaient besoin d’une législation sur les franchises avant d’investir, il a répondu: “cela n’est pas un problème”, et a suggéré que la première franchise pourrait s’ouvrir dans le port pour bateaux de croisières qu’il développe à La Goulette. »

    « El-Matri also expressed interest in opening a McDonalds restaurant franchise. When the Ambassador said US companies needed a franchise law before investing, he responded, “that would not be a problem,” and suggested a likely first option would be to open a franchise in the new cruise port he is developing in La Goulette. » (VZCZCXYZ0008, sec.3).

    Au demeurant, le contenu de ce document donnera de la matière à gloser à nos deux experts nationaux en « science des agendas » ; en l’occurrence Borhène Bsaïs et Boubaker Sghaïr. Sûrement, ils ne manqueront pas de reprendre les longs passages concernant Sakhr El Matri pour nous parler de son agenda lorsqu’il franchit le pas de l’ambassade US. Nos deux « messieurs agenda », aux compétences reconnues en la matière, nous ont habitués à ne louper aucune occasion pour discourir sur leur thème favori « ambassade et agenda ».

    IV.- Les Silences troublants

    Parmi les éléments les plus troublants, du moins concernant les documents que nous avons examinés, c’est cette absence flagrante des forces démocratiques tunisiennes au niveau des échanges entre l’ambassade US et le département d’Etat. L’opposition démocratique est mentionnée à deux ou trois reprises, mais c’est presque d’une manière collatérale, voire accidentelle. Et ce qui est d’autant plus troublant, c’est que malgré le fait que la diplomatie américaine n’attend que le départ de Ben Ali pour observer un réel changement « Tout changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali » (« Major change in Tunisia will have to wait for Ben Ali’s departure »), l’opposition démocratique dans ce contexte n’incarne ni une alternative sérieuse ni même une force politique avec laquelle il serait utile d’avoir des rapports étroits.

    Il faut dire que cela confirme ce que nous avons par le passé écrit sur Nawaat, et qui incarne à nos yeux un réel problème tunisien. « Que cette opposition devienne tellement insignifiante, tellement inexistante au regard des gouvernements alliés de la Tunisie [avons-nous eu l’occasion d’écrire] est difficile à avaler. […] On ne devient pas une opposition qui incarne le changement démocratique en le proclamant, mais par la capacité, d’une part, à convaincre et à entraîner l’opinion publique en ce sens et, d’autre part, à gagner par ce biais la crédibilité des partenaires de la Tunisie quant au changement que l’on promet. »

    Juxtaposer cette non-considération des forces démocratiques tunisiennes avec les considérations réelles au niveau des questions des droits de l’homme en Tunisie par une nation étrangère, laquelle se met en position de protéger les Tunisiens sur leur propre territoire, a de quoi empêcher de dormir beaucoup de Tunisiens. Quand on songe à la défaillance indigne du gouvernement tunisien à s’enquérir du respect des garanties et droits fondamentaux des Tunisiens détenus à Guantanamo, C’est déjà très grave. Mais qu’ensuite les anciens geôliers de ces Tunisiens se retrouvent eux-mêmes dans la peau de ceux qui se démènent pour garantir leurs droits fondamentaux et leur intégrité physique en Tunisie ; cela frôle l’insupportable pour quiconque accorde un minimum d’honneur à la citoyenneté tunisienne et des droits qui s’y rattachent ! Et c’est face à de tels faits que l’on se demande comment des ministres, des parlementaires, des magistrats et des hommes politiques tunisiens peuvent se regarder dans la glace le matin. Que l’on soit très clair, que les Américains se démènent pour garantir la sécurité de ceux qui on subit les affres de Guantanamo, c’est la moindre des choses pour restaurer leur honneur. En revanche, pour nous Tunisiens, faisons-nous assez pour justement réhabiliter cet honneur qui devrait être celui de nos institutions républicaines dont la finalité ULTIME, faut-il le rappeler, est de garantir les droits fondamentaux du citoyen ?

    Au fond, les magouilles affairistes et politiques d’El Matri, A. Abdallah ou des Trabelsi sont tellement secondaires, sinon une conséquence logique de l’altération de ce qui est autrement plus fondamental : la place et le statut de la citoyenneté tunisienne au sein des institutions de la République. Aurions-nous su les défendre bec et ongle, ces institutions, depuis 1987, l’opposition démocratique en tête et nous n’en serions sûrement pas là aujourd’hui.

    Enfin à chacun de lire, de se faire une idée et donner du sens aux faits mentionnés. Le débat est ouvert. Ce qui est certain en tout cas, c’est que la transparence aura toujours du bon.

    Nous reviendrons sur ces documents, y compris sur d’autres dès que nous en disposerons. Nous les mettrons en forme, les classerons en catégorie et les taguons pour en faciliter la l’accès … d’ici là, bonne lecture.

    Pour suivre les nouvelles sur ce sujet, retrouvez-nous sur ce site dédié https://tunileaks.appspot.com et assurez-vous que vous vous y connectez en HTTPS et non en HTTP. Vous pouvez également le faire en nous suivant sur notre compte twitter @nawaat et facebook.

    Nawaat.org

    Télécharger les 17 documents en PDF

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  • sami ben gharbia 3:57 pm on August 18, 2010 Permalink | Reply
    Tags: 404, , , , , internet filtring, Tunisie   

    Tunisie : la censure tunisienne nous révèle un précieux secret 

    Nous avons appris que la censure imposée illégalement à des centaines de blogs et de sites tunisiens et étrangers a été « levée » temporairement durant la mi-journée du lundi 16 Août, 2010. Et bien que les informations sur cette « levée » soient encore contradictoires – certains affirmaient qu’ils n’avaient pas accès à certains sites, pourtant accessibles à d’autres – il est encore tôt de trancher sur ce qui s’est vraiment passé au niveau de la machine de la censure en Tunisie, qui reste, rappelons-le, obscure, top-secrète et centralisée au plus haut niveau de l’Etat et n’est en aucun cas entre les mains des quelques fournisseurs tunisiens d’accès à Internet (FAI); même si, et par excès de zèle, ils ont la possibilité d’ajouter une couche supplémentaire de censure visant leur clientèle.

    Ainsi, nous avons appris que l’accès à flickr, le site de partage d’images (censuré le 22 Avril, 2010) ainsi que les sites de partage de vidéos, blip.tv et wat.tv (respectivement censurés le 22 et le 28 avril 2010), a été rétabli. Idem pour de nombreux sites d’actualité Français et Arabes. Très curieusement, durant ce même laps de temps, qui n’a duré que quelques heures, l’accès aux deux sites populaires de partage de vidéos, Dailymotion et Youtube (respectivement censurés le 3 Septembre, 2007 et le 2 November, 2007) n’a pas été débloqué. Chose qui soulève des questions – mais surtout apporte des éléments de réponse – sur la nature, ô combien discrète, de l’infrastructure de la censure en Tunisie.

    Durant ce laps de temps qui n’a duré que quelques heures, suscitant plein d’espoir parmi les usagers du Net tunisiens, beaucoup se sont posés la question à savoir pourquoi Youtube et Dailymotion sont restés inaccessibles alors que d’autres sites du web social, comme flickr, étaient consultables à partir de la Tunisie ? Pourquoi la page française relative à la biographie de Ben Ali sur Wikipédia était inaccessible alors que les sites des partis de l’opposition tunisienne, actuellement censurés, avaient été débloqués ? Pourquoi le blog collectif de nawaat était accessible alors que sa page sur twitter était portant bloquée ?

    Afin de comprendre ce qui s’est vraiment passé, et de là se prononcer s’il s’agit d’un changement de stratégie au niveau de l’organe de la censure; il est utile de clarifier d’abord les techniques de filtrage appliquées en Tunisie.

    On peut résumer la censure tunisienne à quatre procédés. Ces quatre techniques ont été adoptées par le censeur tunisien à des moment variés de l’histoire du Net tunisien, puis graduellement combinées pour former ainsi l’une des machines les plus répressives dans le monde de la censure en ligne.

    1. Le blocage sélectif par URL : tel par exemple le cas de Wikipedia. En effet, plutôt que de bloquer la totalité de l’encyclopédie online, on bloque sélectivement les pages les plus embêtantes. C’est ce qu’il en est de la page française relative à la biographie de Ben Ali ou de celle relative à la pratique de la censure en Tunisie. Idem pour le site Google vidéo. Si la majorité des vidéos demeurent accessibles, quelques-unes, en revanche, sont bloquées.
    2. Au deuxième cran, le censeur tunisien passe au blocage du site en bannissant le nom de domaine et le sous-domaine qui lui est rattaché. C’est le procédé le plus couramment mis en œuvre, notamment pour sanctionner les blogueurs Tunisiens émettant des opinions déplaisantes […] Ce qui d’ailleurs provoque parfois un jeu d’usure entre les blogueurs et la censure par l’entremise de la création successive de nouveaux sous-domaines neutralisés, de sitôt, par la police de l’internet.
    3. Filtrage du DNS et/ou de l’adresse IP : Avec le cran au dessus, c’est le blocage total de la DNS (DNS, système de noms de domaine) et/ou de l’adresse IP du site en question, quel que soit le sous-domaine utilisé, c’est le cas de youtube.com, dailymotion.com et de tant d’autres.
    4. Filtrage par mots-clefs : En dernier lieu, on pratique, pour les plus récalcitrants, le blocage radical par DNS et par mot clé contenu dans l’URL. Ainsi est-il de Tunisnews.net ou de Nawaat.org. Avec cette dernière procédure, toute URL contenant la chaîne de caractères « nawaat », et quel que soit le nom de domaine, est systématiquement bloquée. La technique du mot clé au sein de l’URL cherche ainsi à bloquer la moindre bribe d’information qui pourrait s’afficher sur l’écran du Tunisien. Le blocage par mot clé « nawaat » fait aboutir toute recherche sur Google sur une page 404. […] Par ailleurs, le mot-clé au niveau de l’URL bloque toute image en rapport avec nawaat, y compris lorsqu’elle est hébergée sur les serveurs de Google image. Cette procédure de filtrage engendre également le blocage de tous les autres supports du web social utilisés par nawaat, dès lors que l’URL contient la chaîne « nawaat ». Ainsi, « twitter.com/nawaat », « blip.tv/nawaat », « facebook.com/pages/wwwnawaatorg/186352466213 » ne risquent pas d’être vus en Tunisie. Pareillement, la chaîne de caractères «Tunisnews » produit les mêmes effets. A noter que le bocage par mot clé peut également contenir l’intégralité du domaine et sous-domaine bloqué.

    Ainsi, et afin de répondre aux questions soulevées ci-dessus, rappelons les faits suivants :

    1. La totalité des sites censurés par un filtrage des DNS, dont Flickr, ont été temporairement débloqués.
    2. Les deux sites de partage de vidéos, youtube et dailymotion, qui sont bloqués en Tunisie, et au niveau de leurs DNS et au niveau de leurs adresses IP, n’ont pas été débloqués durant cette « levée » de censure.
    3. La page de Ben Ali sur Wikipédia qui est censuré par un blocage sélectif d’URL n’a pas été débloquée.
    4. La page de Nawaat sur twitter qui est visée par filtrage par mots-clefs elle aussi n’était pas accessible durant la courte « levée » de la censure.

    Cet incident très révélateur de la brève « levée » de la censure, nous a offert, et pour la première fois, des indications extraordinaires sur la sophistication de l’infrastructure technique du filtrage en Tunisie. En ce sens, s’il s’était agi d’une opération de maintenance, ceci nous amène à relever qu’il existe au moins deux sous-infrastructures indépendantes, l’une dédiée au filtrage des DNS, et la seconde au filtrage des mots-clé au sein des URLs et au filtrage des IPs (et peut–être il y aurait une troisième couche spécialement dédiée aux numéros des adresses IP). De ce fait, si une couche de filtrage tombe en panne ou est neutralisée pour une quelconque raison, telle une maintenance ou une mise à jour du serveur, la seconde, et éventuellement la troisième, indépendantes qu’elles sont, continuent à fonctionner.

    Ainsi, nous sommes en mesure de conclure que ce récent incident de « levée » temporaire de la censure n’a affecté en fait qu’une seule couche de la machine de la censure en Tunisie, celle responsable du filtrage des DNS. C’est en tout cas ce qu’on a pu relever hier. Si on prend l’exemple de nawaat (l’un des rares sites tunisiens censuré et par DNS et par filtrage par mots-clefs ), on a constaté que le filtrage par DNS ne fonctionnait plus pendant ce laps de temps alors que, durant ce même laps de temps, le filtrage par mot-clé au sein de l’URL continuait à fonctionner toujours aussi efficacement. Par conséquent, et durant cette courte « levée » de la censure, nawaat.org était accessible sous son DNS alors que tous les URLs contenant la chaîne de caractères « nawaat » étaient bloqués (voir ci-dessous les copies d’écran du test qu’on a effectué à partir de la Tunisie) :

    censure tunisie ATI

    Maintenant, l’autre question qu’on peut se poser et qui est aussi importante est de savoir pourquoi la couche de filtrage par DNS a-t-elle cessé de fonctionner pendant quelques heures alors que l’autre ou les autres couche(s) continuai(en)t à censurer “normalement” tous les sites visés par un filtrage par adresse IP, par URL et par mots-clés ?

    Il est possible que notre censeur tunisien soit en train de perfectionner son contrôle sur l’infrastructure du réseau en vue d’un meilleur filtrage des sujets « sensibles », voire d’une analyse plus rigoureuse des paquets de données transitant entre le réseau tunisien et le réseau international. Une sophistication de l’infrastructure pourrait être très utile à un fichage et un contrôle plus policier des usagers du Net tunisien. Avec plus d’un million et demi de Tunisiens sur facebook, des centaines de blogs de plus en plus critiques, dont plus d’une centaine déjà censurés, et un stream assez politisé sur twitter et autres sites du web social, le régime tunisien n’a d’autre choix que d’accentuer son contrôle sur le réseau par le biais d’une sophistication à la chinoise de l’infrastructure de filtrage et de traçage. Toujours est-il, s’il y a eu une mise a jour de l’infrastructure, voire un autre cran de sophistication, n’hésitons pas tous à être vigilants et attentifs aux procédés utilisés.

    Il est aussi probable qu’il s’agissait d’une « simple » mise à jour du serveur; plutôt que de débloquer tout le trafic, le censeur a maintenu la ou les couche(s) du filtrage par URL, par mots-clefs et par adresse IP tout en débloquant l’autre couche, celle du filtrage par DNS. Une fois la mise à jour ou le changement de serveur effectué, tout est revenu à la « normale ».

    Autres extrapolations, selon le Forum de « Démocratie Syndicale et Politique », ceci pourrait expliquer cette levée provisoire de la censure :

    Il parait qu’une délégation internationale est en visite dans notre pays pour discuter de la liberté de la presse et de la véracité des accusations des activistes de la société civile sur la censure sur internet….nous nous attendons donc à ce que la levée de la censure soit temporaire juste le temps de leurrer la délégation ci-haut évoquée.

    C’est en effet possible, mais peu probable pour la raison suivante : en certaines circonstances, il est arrivé au censeur tunisien de débloquer certains sites pour justement leurrer l’opinion publique Internationale. Nous avons connu ça lors du SMSI et lors de certaines manifestations internationales en Tunisie. Mais à chaque fois, cela s’est limité à certain sites comme ceux des partis politiques actuellement censurés. Ainsi, cette levée provisoire n’a jamais été si systématique que celle que nous avons connue hier, mais toujours au cas par cas. En tout état de cause, durant ces parenthèse de “liberté”, jamais le blog de nawaat ou celui de Tunisnews n’ont échappé à la vilenie des filtres de la censure.

    Bien évidemment toutes ses hypothèses ne sont que des spéculations. Ce n’est qu’un effort de notre part d’essayer de mieux comprendre un des systèmes de répression les plus secret de la Tunisie et contribuer à démystifier ses procédés. Et évidemment, nous invitons toute personne ayant d’autres informations à les rendre publiques, et à fortiori, il est peut–être tant pour que d’anciens collaborateurs de ce système répressif révèlent enfin ce qui peut aider la Tunisie à ce débarrasser de ce mal.

    De toute façons ce n’est qu’une question de temps, tôt ou tard, des révélations de la part de ceux qui sont aujourd’hui impliqués dans cette censure auront lieu. Aussi, nous rappelons encore notre email nawaat [ @ ] gmail [ dot ] com. Notre site est toujours ouvert à tout collaborateur. Il va de soi que ces collaborateurs ont l’assurance absolue quant à la confidentialité de leur identité.

    Rédigé conjointement par Sami Ben Gharbia et Astrubal.

    Lire l’article en anglais : A First glimpse at the Internet Filtering in Tunisia et en Arabe آلة الحَجب في تونس تكشف أسرارا ثمينة.

     
  • sami ben gharbia 12:55 pm on December 21, 2009 Permalink | Reply
    Tags: , cyberdissidents, , , Tunisie,   

    Internet et la reconfiguration de l’espace public tunisien : le rôle de la diaspora 

    Après sa première étude “Internet et Espace public : Le cyberactivisme tunisien” publiée en 2007, le sociologue Romain Lecomte, qui mène une thèse de doctorat à l’Université de Liège sur les nouvelles formes d’engagement et de critique émergeant au sein du cyberespace tunisien, vient de publier une seconde étude très intéressante dans la revue tic&société (Vol. 3, n° 1-2 | 2009 consacré au TIC et diasporas) intitulée Internet et la reconfiguration de l’espace public tunisien : le rôle de la diaspora :

    Dans une approche sociologique, nous montrons comment des Tunisiens de la diaspora profitent de l’internet pour s’impliquer, s’informer et dénoncer ce qu’ils considèrent comme des injustices dans leur pays d’origine. Nous décrivons le style de discours critique privilégié par ces internautes militants, ainsi que le type d’espace public qu’ils revendiquent. Nous nous penchons sur le parcours militant de certains d’entre eux et analysons les rapports qu’ils entretiennent avec les internautes résidant en Tunisie, dans un premier temps, surtout, moins enclins à dénoncer ouvertement (recours à la critique indirecte) le régime autoritaire. Nous montrons cependant comment ces internautes en Tunisie vont jouer un rôle de plus en important au sein de ce nouvel espace contestataire.

    La revue tic&société est consacrée à l’analyse des rapports entre les technologies de l’information et de la communication (TIC) et la société.

    Lire le texte intégral de l’étude sur le site tic&société ou télécharger la version PDF de l’étude.

     
    • Jacinta 9:58 pm on January 4, 2010 Permalink | Reply

      Sorry, but my comment is actually about something you posted on Twitter, and I don’t have a way to send you a DM because you are not my follower… you mention a friend is looking for bloggers como middle and south america for a German NGO, I’m from El Salvador and very interested, could you please send me more information? Thanks!

  • sami ben gharbia 9:49 pm on October 18, 2009 Permalink | Reply
    Tags: , propagande, publicité, République, Tunisie,   

    Anti-pub vidéo : TOUNSI WRASI 3ALI / تونسي و راسي عالي 

    Parce que le créateur de ces clips “TOUNSI WRASI 3ALI / تونسي و راسي عالي ” nous a en effet touché, nous n’avons pu résister au fait d’honorer son travail en le remixant tel qu’il nous a inspiré.

    Merci notamment à Kalthoum Kennou (Magistrate), Mohammed Talbi (universitaire) et Ali Ben Salem (80 ans, doyen de l’amicale nationale des anciens résistants) pour leurs sacrifices afin de redonner du sens à cette fierté d’être tunisien (fierté à propos de laquelle se sont exprimés, entre autres, Issam Barhoumi, Makram Misaoui, Majdi Smiri, Manel Amara, Nizar Chaari, Baha Kafi, Lounifi Anis et Wajdi Lakhal).

    nawaat.org

     
    • Bonny 10:43 am on October 30, 2009 Permalink | Reply

      Monsieur Ben Gharbia,obnubilé par sa personne avec vos moustaches et ces lunettes vous ressemblez plus aux mercenaires de Black Water qui opèrent en Irak.Un peu de modestie et d’humilité quand on est gouverné par un traître pro-sioniste.D’abord se soulever contre cette raclure…

    • entisioniste 5:22 pm on June 7, 2010 Permalink | Reply

      Merci pour tous se que tu fais je suis fière d’étre tunisien qu’on je voie qqun qui se bas contre ces macros et voleur,TU EST LE VRAIS TUNISIEN OURASEK AALI

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